33e, 34e et 35e jours : Cessez-le-feu et fête de l’amour

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J’ai essayé d’écrire hier mais je n’ai pas réussi. La tension retombe après une semaine de calme à Tel Aviv. Enfin, hier soir, il y a eu une énorme déflagration mais sans alerte. Le Hamas dit avoir un missile M-75 sur Tel Aviv. Je n’ai pas entendu, j’étais à l’aéroport pour accueillir ma fille de retour de son stage de surf à Hossegor. Et j’ai vu des avions pleins arriver les uns après les autres. Beaucoup de personnes attendaient un bouquet à la main ou avec des ballons où il était inscrit – I Love you. J’ai pensé que c’était du à l’effet-guerre quand toutes les émotions sont accentuées mais Charles m’a dit que c’était Tou b’Av.

Tou b’Av, la fête de l’amour du calendrier hébraïque

Donc le soir du 34e jour et le 35e jour, le 11 août 2014, c’est Tou B’Av, le 15 av, טו באב. C’est la pleine lune et la fête des amoureux en Israël.  A l’époque du Second Temple, les jeunes filles s’habillaient de blanc pour danser dans les vignes aux alentours de Jérusalem et se faire admirer. En Israël, c’est une date choisie par nombre de couples pour se marier et par de nombreux amoureux pour sortir en tête à tête. A noter, le 9 août, dans le calendrier grégorien, c’est la Saint Amour.

Bar Rafaeli  vous souhaite une belle fête de l'amour

Bar Rafaeli vous souhaite une belle fête de l’amour

 

Cessez-le-feu, plus de cessez-le-feu, de nouveau un cessez-le-feu

Un cessez le feu, deux jours de tirs de roquette et d’obus de mortiers sur le Sud du Pays, en particulier sur les villages autour de Gaza et maintenant depuis le 10 août à minuit,  72 heures de cessez-le-feu. Quelques minutes avant minuit, mais ce n’était pas une surprise, cela s’est reproduit avant chaque cessez-le-feu, le Hamas a envoyé une salve de roquettes sur les kibboutzim autour de Gaza, sur Beer Sheva, Ashdod, Kyriat Malachi, Ashkelon et sur la région de Tel Aviv mais il n’y a pas eu de sirène. Est-ce que ce cessez-le-feu en cache un autre ou tout va-t-il reprendre ? Qu’en est-il des habitants du Sud du pays ? Comment peuvent-ils retrouver une vie normale ? Les pourparlers avancent-ils ou pas ? La guerre est-elle finie ? 

Tel Aviv reprend son rythme estival. De plus en plus de vacanciers, surtout français, arrivent. Pourtant, je ne suis pas en paix. Je me sens groggy, confuse, je n’y comprends rien.

Les manifestations de la haine

Ce week-end, il y a aussi eu des manifestations dans presque toutes les villes d’Europe, pas pour la paix, non, pas pour soutenir la population de Gaza mais pour le Hamas. Je suis sidérée en voyant la foule autour de Piccadilly Circus à Londres, en voyant les drapeaux d’ISIS et en entendant les cris de mort aux Juifs à La Haye. En voyant qu’à Paris,  le collectif Cheik Yassine met en scène une exécution d’enfants avec un homme qui porte une kalashnikov, vraie ou fausse.

Les marques d’amour

Mais je ne veux pas voir que ces manifestations de haine, je veux voir les marques d‘amour, un très joli mot en hébreu, ahava, אהבה. Anaël m’a montré cette photo que Josh Kerr, un champion de surf australien, a publié sur Instagram :

photo (49)

 

Il écrit : Tel Aviv a été l’une des villes les plus incroyables que j’ai visités et c’est fou ce pays d’Israël ! Mon amour va vers tout ces gens là-bas face à cette folie. Faites attention à vous.#surfforpeace

L’humour contre la terreur

Et aussi, ce tube de l’été improbable, une vidéo de propagande du Hamas destiné à nous faire peur avec promesse d’attentats a été reprise et parodiée sur la toile. C’est le magazine Glamour qui en parle et écrit : Ces Israéliens l’ont bien compris : l’humour est certainement l’arme la plus redoutable contre la terreur.

Les Carnets de Perle

Digne enfant de l’après-68 en France, je n’ai jamais été une fan des uniformes et du nationalisme. Mais, dans un Israël sans armée, nous serions tous des Yazadis.

Je reprends donc des extraits des statuts de Perle, mobilisée pendant la guerre, qu’elle a publiés sur sa page Facebook Carnets d’Aliyah

Perle écrit le 3 août, le 27e jour :

Et la guerre n’efface pas l’humain, elle l’exacerbe.

Que la guerre est laide ! Elle est pleine de cynisme, de rage, de peurs, de destructions, de ruines, de violence, de larmes. Et pire : en face, aussi, ils sont humains. Je refuse de les haïr. C’est peut-être déjà une victoire.

Le 9 août, le 33e jour :

J’ai abattu des murailles intérieures pour vivre l’espoir qu’on en aie terminé. Je me suis presque convaincue. Mais les tirs ont repris vendredi.

Ma fac y avait cru, pourtant. Un mail un peu incongru, reçu quelque part dans le sable dans le Sud nous a transmis combien l’université était heureuse que nous rentrions « tous vivants ». Il nous informait au passage que la session spéciale des examens universitaires commencerait cette semaine. Sans transition.

Nos vies attendront encore un peu. On sifflote la chanson du clip du Hamas en hébreu. C’était censé nous faire très peur mais le remix pop est en passe de devenir le tube de l’été. Quand tout sera fini, on sortira dans un bar branché de Jérusalem danser dessus pour oublier. Et puis, s’il faut un détour à la bibliothèque avant de s’échapper, on ne sera plus à ça près. Alors on continue d’espérer que ça se finisse. Au plus vite.

Et aujourd’hui le 11 août :

La nuit est tombée hier sur mon dernier jour de mobilisation. Le cessez-le-feu est entré en vigueur à minuit. Reste à espérer qu’il tienne. Ma guerre est finie. Dans l’espoir qu’elle prenne vraiment fin pour nous tous, ici et là-bas, au plus vite.

Mon armée est à l’image de mon pays. Elle est vibrante, engagée. Elle est idéaliste. Elle est jeune. Aucun d’entre nous n’aime la guerre. Aucun d’entre nous ne rêvait de passer cet été mobilisé. Et pourtant, nous y sommes allés sans hésiter. Ceux qui nous racontent qu’Israël a perdu ses valeurs pionnières, que le sionisme est mort avec le kibboutz et qui pérorent sur un post-modernisme insidieux ont tort. Ils n’ont pas vu le plus beau de ce que ce pays peut donner, à l’heure où tout semblait justement si laid. Parce que loin des films romantiques, la guerre est laide. Elle est pleine de peurs, de destruction, de violence et de larmes. Elle est d’autant plus dure que notre ennemi se cache parmi ses propres civils – pourtant aussi innocents que les nôtres. 
Ce n’est pas nier la situation à Gaza que d’écrire qu’à nous aussi, il nous faudra du temps pour retrouver une certaine normalité. Parmi nous, il y a encore des faiseurs de miracles. Il y a des poètes et des brutes épaisses. Mon armée est à l’image de mon pays : elle est imparfaite. Mais elle croit en l’avenir. J’ai été fière de porter son uniforme, et impatiente de l’enlever. Parce que ça ne suffira pas de gagner cette guerre, il va falloir enfin gagner la paix. Nous allons y arriver. La situation serait désespérée s’il fallait se fier aux désespérés
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Tout l’amour de ces enfants pour leur jardinier enfin de retour