21e jour – Ma première sirène, la nuit

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Trois semaines

Je ne sais pas par où commencer. Trois semaines que nous avons basculé dans cette folie. Il y a trois semaines, je me plaignais de la chaleur de l’été, je revenais de vacances et je me souvenais encore de la beauté des châteaux de la Loire que j’avais visité et des magnifiques paysages de Champagne. Il y a trois semaines, j’avais des projets. C’était, il y a très longtemps.

J’ai cru au cessez-le-feu

Donc, hier matin, j’ai voulu croire au cessez-le-feu surtout après deux jours d’affilée sans alertes à Tel Aviv. D’ailleurs, je n’ai pas été la seule. Les rues de Tel Aviv étaient pleines et l’atmosphère moins lourde. Nous avons même décidé Sarah et moi de voler un moment de plaisir et nous sommes allées ensemble chez Yullia dans la rue Herzl nous faire une manucure – pédicure familiale. L’institut était bondé. En face de nous, un jeune couple de religieux américains avait eu la même idée. Ils étaient très attendrissants. Ces dernières trois semaines, je m’attendris beaucoup, un couple d’amoureux qui s’embrassent dans la rue, une femme enceinte souriante, une jolie nuance de bougainvillée, une chanson, un soldat en uniforme avec des godillots poussiéreux et un grand sac à dos, un homme qui se promène avec un bouquet de fleurs blanches à la main et je fonds. On s’est dit peut-être que c’est bientôt fini.

Avalanche de mauvaises nouvelles

Mais à partir de 17 h 30, cette journée a basculé. Tirs de mortier sur Eshkol. 4 morts. Salve de roquettes sur tout Israël, dans le Nord aussi, Maagan Michael, Césarée, Binyamina, Zichron Yaakov, Daliat Al Carmel mais pas pour nous. L’explosion à l’hopital Shifa à Gaza serait le fait d’un tir manqué du Hamas d’un missile iranien de type Fajr qui aurait du atteindre Tel Aviv. Tirs de roquettes sur Beer Sheva, Ashdod, Ofakim. Infiltration de terroristes par un tunnel dans un kibboutz près de la frontière avec Gaza. Il y aurait aussi des morts.

Et tout ça, ce passe pendant la trêve. Et à chaque fois, après la trêve, c’est pire.

Me voilà, de nouveau scotché à la télé sans lâcher mon téléphone et Twitter. Ce n’est plus des infos. C’est la vallée des larmes. La présentatrice Yonit Levi fait un effort surhumain pour ne pas s’effondrer entre chaque reportage.

Je m’endors devant la télé avec la mort ce lundi de cinq soldats.

Ma première sirène, la nuit

Ma ville, la nuit

Ma ville, la nuit

A deux heures et demi du matin, je me réveille en sursaut. C’est le chant de la sirène. C’est effrayant la nuit. On se retrouve dans la cage d’escaliers. Peu de monde. Certains n’ont pas du entendre.. J’imagine tous les parents qui ont du sortir  leurs jeunes enfants de leur lit. Ca me rappelle la Première Guerre du Golfe. Je suis donc une ancienne combattante.

Impossible de se rendormir. Une amie inconnue sur Twitter m’envoie une berceuse. Je flâne sur Facebook. Et finalement, j’arrive à retrouver le sommeil.

En ouvrant les yeux

J’apprends que cinq soldats ont été tués pendant la tentative d’infiltration par leurs maudits tunnels dans un kibboutz. Dix soldats ont été tués lundi.

Les limites de ma commisération

Suite à mon billet d’hier, l’une de mes lectrices m’a envoyé le message suivant : Les larmes des familles palestiniennes qui pleurent la mort de leurs enfants mériteraient plus de commisérations quand même.

Je pense souvent au sort, et je pense l’avoir écrit dans ce journal, des enfants et des civils de Gaza dont la vie doit être un enfer. Mais c’est vrai ma commisération, ce n’est pas politiquement correct de le dire, a des limites. Et d’autant plus, quand j’ai l’impression que ces roquettes ne sont pas tirées au hasard, mais cherchent à tuer mes enfants et ceux de mes amis.

C’est un film fait par une jardinière d’enfants de Hod HaSharon : La guerre n’est pas un jeu d’enfants

Je ressens maintenant après trois semaines sous les missiles, même si je ne rêve que de paix et de kef,  que nous sommes en guerre, en guerre totale. Et dans la guerre, il faut choisir son camp. Mon camp, c’est Israël. C’est partisan, pas très humaniste mais c’est ma vérité.

La possibilité même du bonheur

Dan m’a envoyé ce texte en anglais de Sam Harris, un Américain, spécialiste en neurosciences, Why don’t I criticize Israël , Pourquoi je ne critique pas Israël :

Pour le reste de nos vies, et celles de nos enfants, nous allons être confrontés à des gens qui ne veulent pas vivre en paix dans un monde laïque et pluraliste parce qu’ils veulent désespérément arriver au Paradis et qui sont prêts sur leur route à détruire la possibilité même du bonheur des hommes. La vérité est que nous vivons tous en Israël. C’est juste que certains d’entre nous ne l’ont pas encore réalisé.

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La guerre n’est pas un jeu d’enfants – Israël, juillet 2014

 

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