Kef Israel

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Gilad Shalit, Tlemcen, Naomi Shemer et Michaël Jackson

Vendredi, juin 25th, 2010

Je n’ai plus vraiment le temps d’écrire pour mon blog, d’écrire tout court, happée que je suis dans mes nouvelles activithés (!) au Dizengoff 131 à Tel Aviv. Pourtant, je me rends compte à quel point mon blog fait partie inhérente de ma vie et je suis incapable de m’en séparer. Je vous livre donc ici en bloc tous les billets que j’aurais voulu écrire cette semaine.

Suite à un article intitulé, L‘Algérie refuse la venue d’une délégation juive à Tlemcen pour faire un pélerinage sur la tombe du Rabbin Ein Kaoua qui a vécu dans la région au XIVème siècle, j’avais envie de partager à nouveau quelques lignes de mon livre Bouquet de Coriandre qui est le rendu littéraire de mon Algérie portative, moi qui suis née à Aix mais qui ai été bercée par les souvenirs d’Ain-Temouchent de ma grand-mère, de ma famille:

Avant leur arrivée en métropole, toute sa famille, ses parents, ses oncles et ses tantes, ses nombreux cousins faisaient un pèlerinage dans la montagne sur la tombe du Saint de leur région. Elle se souvenait de la route et de ses tournants en épingle qui lui donnaient la nausée. Les odeurs de mouton grillé mêlées aux effluves des cerisiers en fleurs. Son père déposait du sucre sur la tombe du Saint, elle devait le lécher. Les guêpes qui voltigeaient autour d’elle et qui semblaient être prêtes à se poser sur sa langue la terrorisaient mais, comme chaque année, son père lui assurait que ces guêpes-là ne piquaient pas. Et, en effet, elle n’avait jamais été piquée.

J’avais envie de rappeler que le 25 juin 2009, Michaël Jackson et Farah Fawcett disparaissaientt.

J’avais envie de rendre hommage à Naomi Shemer, la parolière d’Israël, la compositrice de Yeroushalaim shel Zaav, de Lu Yehi, de Al kol Ele qui arrêtait de chanter pour toujours le 26 juin 2004, il y a six ans.

Lu Yehi est interprétée par Hava Alberstein devant des soldats pendant la guerre de Kippour:

Et du pont des cordes à Jérusalem inauguré le 25 juin 2008. Magnifique pont. Dommage qu’il n’y ait toujours pas de tramway.

Et bien sûr, j’avais envie de dire la mobilisation pour Gilad en Israël, les premières pages des journaux, les applications sur Facebook. Gilad qui ne peut pas rentrer à la maison et une délégation juive qui ne peut péleriner sur une tombe de Saint. Cela me rappelle la phrase d’Amos Oz dans son livre Histoire d’amour et de ténèbres:

De nos jours, l’Europe a changé, elle est pleine à craquer d’Européens. Soit dit en passant, les graffitis aussi ont changé du tout au tout en Europe : l’inscription « Les Juifs en Palestine » recouvrait tous les murs quand mon père était enfant en Lituanie. Lorsqu’il retourna en Europe une cinquantiine d’année plus tard, les murs lui crachèrent au visage : « Les Juifs hors de Palestine ! »

Et puisque nous sommes dans les rappels historiques, le 25 juin 1240, un siècle avant  l’époque où le rav EinKaoua vivait à Tlemcen,  a eu lieu le Procés du Talmud à Paris sous la direction de Saint-Louis. Suite au procès des centaines de Talmud furent brûlés sur la Place de Grève, préfigurant d’autres autodafés.

Je mélange tout? Peut-être.

Shabbat Shalom.


Posted in Temps de crise | Tags: Algérie, Bouquet de coriandre, Gilad Shalit, Hava Alberstein, Israël, Michaël Jackson, Naomi Shemer, Rav Einkaoua, Talmud, Tlemcen | 4 Comments »

Rachel Samoul, une passeuse de mémoire

Mardi, avril 13th, 2010

Ce texte, Rachel Samoul, une passeuse de mémoire, à propos de mon recueil de nouvelles Bouquet de Coriandre a été écrit par Esther Orner et est paru dans CONTINUUM n°5, la revue des Ecrivains israéliens de langue française.

J’avoue, c’est un peu narcissique mais n’est-ce pas le propre d’un blog?

La revue Continuum et mon livre seront en vente lors du 1er salon du livre israélien de langue française qui se tiendra au Centre Menahem Begin à Jérusalem le mercredi 14 avril 2010 de 14 heures à 22 heures 30. Pour plus d’infos, contactez 02 671 4653 ou contact@lepeupledulivre.com

Rachel Samoul, une passeuse de mémoire

Pour son premier livre publié, Rachel Samoul nous offre un bouquet de  treize nouvelles, ce qui est déjà en soi un tour de force dans la situation de l’édition actuelle qui se méfie de ce genre. La nouvelle n’a pas bonne réputation, pourtant dans notre monde pressé il me semble que le lecteur, lui,  apprécie cette forme courte et ramassée. Ces nouvelles se suivent, se répondent pour former un roman découpé. Elles tournent toutes autour de la tradition juive, de ses lois et de ses coutumes. Même si l’auteur reste dans le flou, on comprend qu’il s’agit du monde séfarade.  Si cette tradition est née en Algérie dans l’Oranais elle continue ailleurs sans doute parce que la source a un fond commun – le judaïsme qui transcende le temps et l’espace. Pas de nostalgie du lieu perdu, le passé est présent.
Un personnage entouré de sa famille traverse les treize nouvelles c’est le président. Qui est-il ? Une invention de l’auteur ? Un personnage de fiction dans la tête de l’écrivaine ? On pourrait le croire  car nous avons affaire à un narrateur caché à la troisième personne.  Puis avec Les cigares de ma mère, la septième nouvelle, la seule ou le Je  intervient, nous apprenons que l’écrivaine est la fille du président. Interrogée dans un entretien à la foire du livre de Bruxelles par Nathalie Skowronek Rachel Samoul affirme que les points de départ sont vrais puis elle s’envole. Effectivement elle invente des situations parfois cocasses ou alors tragiques qui ne font pas forcément référence à
sa biographie.  Peu importe tout le monde sait que  “Madame Bovary c’est moi.”
Est-ce un hasard si c’est uniquement au sujet de la préparation des cigares au miel et autres pâtisseries pour “la fête des sorts” (Pourim) auquel toutes les femmes de la famille participent que le Je de la narratrice apparait ? Est-ce un acte manqué ou alors voulu ?  La cuisine à l’intérieur des maisons n’est-elle pas le haut lieu de la transmission ? “Les mêmes gestes se répétaient d’année en année ponctués par les mêmes mots. Dans la cuisine, en pétrissant les pâtes, en triturant les farces, leurs souvenirs surgissaient, je ne savais plus si c’étaient des nouveaux gâteaux qui se fabriquaient ou des souvenirs anciens qui reprenaient vie.” ( page 68)
Ces femmes sont des passeuses de mémoire. Rachel Samoul met en scène un monde qui pour certains n’est plus qu’un souvenir culinaire. Elle nous fait voir avec tendresse les grandeurs et les misères d’un milieu dont elle fait encore partie.
A partir de l’intervention du Je, on aurait pu croire qu’il s’agissait d’une autofiction. Mais non la dernière nouvelle qui donne son titre au recueil est entièrement imaginée, a-t-elle encore affirmé dans ce même entretien.
La mère perd la mémoire même de la cuisine, le président qui la critiquait prend sa place tant bien que mal. Elle qui se glorifiait d’être “la dépositaire de la mémoire familiale,” ne reconnaît plus rien, ni personne.

Toutes les lois juives concernant le Shabbat, et les fêtes sont détaillées pour évoquer la perdition de la mémoire de la mère. Un peu comme une métaphore de la perte possible de toute cette tradition millénaire. Heureusement le président s’acharne à perpétuer les rites jusqu’à remplacer la mère dans sa vie quotidienne. C’est ainsi qu’il va jusqu’à préparer le couscous du vendredi soir et ses à-côtés pour faire croire que c’est l’oeuvre de la mère.  Personne n’est dupe. Quant à lui, il n’est pas tout à fait satisfait du résultat. Il ne retrouve pas exactement le goût du couscous de sa femme. “…peut-être avait-il oublié l’un des ingrédients, le bouquet de coriandre dans le bouillon ?” Peut-être ! Toutefois  la tradition même avec ses manques est assurée. Ne pourrait-on soutenir que le monde se divise entre ceux qui adore et ceux qui rejette cette herbe si nécessaire à la cuisine orientale ? Serait-ce de même pour la tradition juive ? Ne nous aventurons pas trop et laissons le texte nous conter ces histoires d’un ailleurs proche.

©Esther Orner

Posted in littérature | Tags: Bouquet de coriandre, Esther, Rachel Samoul | 3 Comments »

Ma grand-mère et les gâteaux de Pourim

Lundi, février 22nd, 2010

La fête de Pourim est une fête joyeuse. Déguisements, jeux, gâteaux. A la synagogue, lecture festive de la Meguila, le rouleau d’Esther,  où est racontée l’histoire de Pourim et où, à chaque fois qu’est prononcé le nom du méchant Haman, qui voulait exterminer les Juifs de Suse, on tape des pieds et on fait tourner les crécelles dans un énorme chahut.

Aujourd’hui en Israël, je vais acheter les oreilles d’Amman qui n’ont rien à voir avec des oreilles mais sont une altération du mot yiddish מאן־טאשן (montashn) ou du mot allemand mohntaschen, pochettes fourrées aux graines de pavot. En yiddish hollandais, on dit Kiesjeliejs!

Quand j’étais petite, la semaine d’avant Pourim, la maison, la vie tournait autour des gâteaux de Pourim et j’adorais aider ma grand-mère, Mamie Soussan, à préparer les cigares et autres makrouds. Personne n’a filmé ces préparations. Je n’ai pas de photos de gâteaux. J’ai juste une immense nostalgie.

mamie soussan

Pour Pourim, c’est la coutume d’offrir des mishloah manot, des plateaux ou des corbeilles de gâteaux et de friandises. En guise de mishloah manot virtuel, un extrait de la nouvelle Les cigares de ma mère figurant dans Bouquet de Coriandre.

La préparation des pâtisseries pour la fête des Sorts prit une ampleur que je n’avais encore jamais connue. Cette année-là, ma mère, la femme du Président, se consacrait, comme toutes les années, aux plateaux de gâteaux qu’elle envoyait à la famille et à ses meilleures amies mais surtout au plateau qu’elle allait offrir de la part de mon frère à la fiancée. Elle désirait se surpasser, confectionner une merveille qui réjouisse la vue et le goût, un assortiment de douceurs qui soit digne de l’offrande d’un prince. Son fils allait la quitter et la belle-famille devait se rendre compte de l’honneur qu’il leur faisait en choisissant une de leurs filles. Pour préparer les cornes de gazelle, les croquets, les petits fours et les corbeilles aux amandes, les gâteaux secs à l’anis, les galettes blanches, les mantecaos, les makrouds, les macarons et les cigares, elle avait fait appel à l’équipe habituelle et fidèle de ses belles-sœurs. Elle avait envoyé mon père, le Président, se ravitailler en huile, farine, semoule, sucre, amandes et miel. Mais, il manquerait toujours quelque chose et je savais que j’allais me retrouver à déambuler dans les rues de la ville, à la recherche de noix de coco pilée, de caissettes dorées et pas trop grandes, ou chez toutes les mercières de la cité en quête du ruban rouge suffisamment large et en taffetas de très bonne qualité qui allait rehausser l’éclat du plateau. Toutes ces courses m’éloigneraient de la cuisine et je perdrais sans doute les passages les plus croustillants sur les déboires amoureux du beau-frère du cousin au second degré du frère de la belle-sœur de ma tante ou sur la maladie incurable de l’amie d’enfance et sur la réussite du petit-fils de la cousine, sorti major de sa promotion, tu te rends compte. Les belles-sœurs arrivaient, elles nouaient leur tablier et le travail commençait sans préambule. Aujourd’hui serait le jour des cigares. Chacune avait un rôle. Ma tante préférée à la voix rauque préparait la pâte qui devait être fine et presque translucide, elle l’étalait à l’aide d’un tronçon de manche à balai plus adapté à la confection des cigares, d’après l’avis unanime de toutes les belles-soeurs, que les traditionnels rouleaux à pâtisserie, la pâte s’étendait sur la table, gagnait du terrain comme l’eau des marées montantes. Quand la pâte avait investi presque toute la table, ma mère la roulait en long saucisson qu’elle découpait en biseau, pour former des tranches de quelques centimètres. Pendant ce temps, une belle-soeur malaxait la farce, mélange d’amandes moulues, de sucre et de blanc d’œuf pour fourrer les cigares.

Quelques jours avant, j’avais déjà aidé à l’émondage des amandes, ma mère les avait plongées dans l’eau bouillante et je les expulsais de leur gangue en appuyant légèrement dessus. Quelquefois les amandes sortaient élégamment de leur enveloppe comme des petits suppositoires, d’autres fois, la pression que j’avais donnée était trop grande et l’amande filait comme une fusée de l’autre côté de la pièce ou la peau restait attachée et je devais tenter de la décoller avec les ongles. Pour qu’elles pussent sécher, les amandes décortiquées étaient étendues sur des plateaux qui traînaient dans les endroits les plus inattendus de la maison et j’en chipais quelques-unes chaque fois que je me trouvais nez à nez avec elles. Maintenant, je me retrouvais à former des petits boudins avec cette farce aux amandes qui s’attachait à mes doigts, sangsues qui laissaient les mains collantes, grasses et sucrées et des fragments d’amandes sous les ongles.

C’étaient les plus expérimentées qui étalaient les petits tas de pâtes, moi, j’avais seulement le droit d’installer un fin doigt de farce sur chaque île de pâte tandis qu’elles formaient le cigare en roulant la pâte autour de la farce, elles serraient légèrement avec la pulpe de leurs doigts et elles repliaient soigneusement les bords pour empêcher la farce de s’échapper. Des gâteaux qui s’enroulaient sur eux-mêmes…


Posted in C'est la fête! | Tags: Bouquet de coriandre, gâteaux, grand-mère, oreilles d'Aman, Pourim | 11 Comments »

Des fruits pour Tou Bishevat

Jeudi, janvier 21st, 2010

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Tu Bishevat est une fête, le nouvel an des arbres, mais c’est en fait une date,  ט »ו בשבט, le 15 du mois de Shevat. Aujourd’hui, nous sommes le ו בשבט, le 5 du mois de Shevat. Dans dix jours, vendredi 29 janvier au soir, on fêtera donc ce nouvel an des arbres en mangeant beaucoup de fruits. Certains disent 15 comme la datte. Oh pardon, je voulais écrire comme la date. Et en effet, la datte fait partie des 7 espèces d’Israël avec le blé, l’orge, la vigne, la figue, la grenade, l’olive.

Un extrait du Concours, l’une des 13 nouvelles de mon Bouquet de Coriandre. Elle est très fruitée!

…Le Rabbin voulait aussi les former à la récitation des bénédictions. Il leur avait fait ânonner en chœur celles liées à l’alimentation, les plus courantes. Il insistait sur la différence entre la bénédiction du fruit de la terre et celle du  fruit de l’arbre. Les enfants connaissaient le texte des deux bénédictions, ils savaient théoriquement qu’une pomme venait de l’arbre pommier et qu’il fallait, avant de la croquer, dire la bénédiction sur le fruit de l’arbre, et qu’il en était de même pour les grenades, les figues, les olives, les avocats, les pêches… Ils savaient également qu’avant de manger les fruits, les graines, les racines, les fleurs ou les feuilles de plantes comestibles comme les poivrons, les pastèques, les concombres et les aubergines, les graines de tournesol, les petits pois, les carottes, les salsifis, les fleurs de courgettes, les câpres, la laitue, on devait prononcer la bénédiction sur le fruit de la terre. Mais, en pratique, ils avaient tendance à confondre les deux prières. Pour savoir quelle était la bénédiction appropriée, il était impératif de reconnaître si un fruit était de l’arbre ou de la terre et donc d’avoir des connaissances minimales en botanique, matière qui semblait être totalement étrangère aux élèves du Rabbin.

Pour corriger cette faiblesse, le Rabbin organisa un concours.

Chaque élève devait dresser la liste la plus longue possible de fruits de l’arbre et de fruits de la terre avec, en vis-à-vis du nom du fruit, le nom de la bénédiction lui correspondant.

La fille du Président avait décidé que sa liste serait la plus longue. Elle se mit à la chasse aux fruits et aux légumes, elle déambula entre les étals du marché, elle feuilleta des livres de cuisine et de jardinage, elle consulta des livres de botanique, elle demanda à tous les adultes qu’elle rencontrait de lui citer les fruits les plus exotiques qu’ils connaissaient.

Le Rabbin fut surpris du sérieux avec lequel les enfants participèrent au concours. Grâce à eux, il fit connaissance avec le durion et la mangouste, la jambose, le ramboutan et la fenouillette, l’igname et la colocase. Eux qui n’avaient aucune baie dans leur région rédigèrent des listes détaillées où des dizaines de ces fruits vermeils, framboises, myrtilles, mûres, airelles, groseilles à grappes et à maquereau, cassis, arbouses semblaient leur être aussi familiers que les pommes et les bananes qui faisaient l’ordinaire de leurs goûters.

Lors de l’examen des listes, il y eut des surprises, le Rabbin leur fit quelques révélations, ce n’était pas si simple, il s’avéra qu’un légume pouvait être fruit, que le champignon appartenait à un tout autre groupe et que le raisin vert était considéré comme un fruit de la terre mais quand ses grains atteignaient leur taille maximale, il devenait fruit de l’arbre. Les légumes comme la citrouille, le navet, les épinards qui sont meilleurs cuits que crus ne rentraient pas, quand ils étaient mangés crus, dans la catégorie des fruits de l’arbre ou de la terre mais dans celle qui comprenait les jus de fruits, la guimauve, la viande, les barres chocolatées et le poisson. Par contre, lorsqu’ils étaient mangés cuits, ces mêmes légumes devenaient fruits de la terre!

(…)Elle éplucha le dictionnaire à la recherche de légumes et de fruits inconnus, elle y découvrit la sapotille originaire des Antilles et qui se mange blette, les gombos de Louisiane, le panais, le pourpier, la marasque, l’icaque, l’alberge et la canneberge, l’atoca, l’anone, et l’alize, légèrement acidulée.

Sa grand-mère lui proposa d’insérer dans sa liste la confiture de roses dont elle était si friande mais elle hésita, elle ne savait pas qu’elle serait la bénédiction adéquate. Elle se décida finalement pour le fruit de la terre et elle eut raison, le Rabbin la félicita pour cet exemple original.

Malheureusement, malgré ses efforts, elle n’atteignit que la cinquième place et elle n’eut droit à aucun prix (…)« 

©Rachel Samoul

Une adresse pour acheter vos fruits secs à Tel Aviv

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Feux de joie et coupe de cheveux pour Lag Ba’Omer

Lundi, mai 11th, 2009

Pour Lag Baomer en Israël, les enfants font des feux de joie. Ils ramassent des semaines à l’avance tout ce qui est susceptible de brûler, cachent leur butins dans des endroits secrets, ils allument d’immenses feux de joie et retrouvent cet émerveillement ancestral devant le feu tout en mangeant des marshmallows (de la guimauve) grillés.
Ce soir, nous étions dans le parc près du Souk HaCarmel en face de l’hôtel Dan Intercontinental.

L’une des nouvelles de mon livre Bouquet de Coriandre s’intitule le Trente-troisième jour et fait référence à Lag Ba’Omer
En voici quelques extraits:
…Elle était prête à abandonner quand elle se rendit compte qu’ils se trouvaient dans le temps du Omer. Les quarante-neuf jours entre la sortie d’Egypte et le don la Torah dans le désert, le temps entre la libération physique du peuple et sa libération spirituelle, sa libération véritable, sont comptés. Sept semaines de préparation et de purification morales. Une algèbre spirituelle. A l’origine, la période du Omer devait être la plus joyeuse de l’année mais, par le passé, des épidémies terribles avaient endeuillé ces journées et depuis, il était interdit, à cette époque de l’année, de se marier, de faire la fête, d’aller au spectacle, de se couper les cheveux, de se raser.
…pendant le Omer, il y avait le trente-troisième jour du Omer, trêve dans le deuil où les réjouissances étaient permises, où il était possible de se marier, de faire la fête, d’aller au spectacle, de se couper les cheveux, de se raser.
Ce jour-là, d’après la tradition, la Manne, semblable à des graines de coriandre, se mit à tomber dans le désert. N’était-ce pas à ce moment-là, l’année de ses trois ans que le cousin coiffeur lui avait coupé les cheveux pour la première fois? La femme du Président se souvenait très bien de cette coupe de cheveux. Toute la famille et le cousin coiffeur avaient été invités. Elle avait préparé des gâteaux et des confitures. Le fils du Président avait été installé sur des coussins empilés les uns sur les autres dans le fauteuil habituellement réservé au Président. Elle avait sorti une serviette qui avait fait partie du trousseau de sa mère avec ses initiales brodées à la main. Le cousin avait mouillé les cheveux de l’enfant avec un vaporisateur semblable à celui qu’elle utilisait pour dépoussiérer et faire briller les feuilles de son caoutchouc. Il avait élagué les longs cheveux blonds trop raides et trop fins et avait transformé son bébé en petit garçon, sous le regard ému mais fier du Président tandis qu’une vieille tante que l’on avait surnommé la tante de poche à cause de sa petite taille chantait la chanson traditionnelle de la coupe de cheveux. Elle avait gardé quelques mèches blondes entre deux pages d’un vieux cahier. Les cheveux de son fils qu’elle avait mis de côté lors de la seconde coupe de cheveux traditionnelle avant la bar-mitsva, étaient plus épais et plus foncés.
(…)
Sa résistance était vaincue, le trente-troisième jour du Omer lui parut une date propice, c’était un jour faste qui était aussi le jour de commémoration de la mort du grand Rabbin, Sage et Saint qui avait rédigé le Livre de la Splendeur, une occasion pour des festivités et des pèlerinages sur la tombe de tous les Saints et où traditionnellement on coupait les cheveux pour la première fois aux garçons de trois ans.
Avant leur arrivée en métropole, toute sa famille, ses parents, ses oncles et ses tantes, ses nombreux cousins faisaient un pèlerinage dans la montagne sur la tombe du Saint de leur région. Elle se souvenait de la route et de ses tournants en épingle qui lui donnaient la nausée. Les odeurs de mouton grillé mêlées aux effluves des cerisiers en fleurs. Son père déposait du sucre sur la tombe du Saint, elle devait le lécher. Les guêpes qui voltigeaient autour d’elle et qui semblaient être prêtes à se poser sur sa langue la terrorisaient mais, comme chaque année, son père lui assurait que ces guêpes-là ne piquaient pas. Et, en effet, elle n’avait jamais été piquée.

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