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Le discours à Tel Aviv de Paul Celan

Mardi, mai 4th, 2010

La revue Continuum, la revue des Ecrivains israéliens de langue française, – qui a mis aujourd’hui en ligne son site litteraturefrancophone.co.il - a consacré sa sixième édition à Tel Aviv et au poète Paul Celan. Les deux sujets ne sont pas étrangers l’un à l’autre. Paul Celan a prononcé un bref mais important Discours à Tel Aviv lors de son unique voyage en Israël en 1969.

Paul Celan est le poète juif qui a écrit en langue allemande après la Shoah.  Comme l’écrit si bien Alain Suied dans Paul Celan et l’exil de l’identité, « un poète qui ose, après la Shoah, suivant en quelque sorte l’exemple heinien, tenter de déposer dans la mémoire du poème (allemand, ici) la présence juive déniée? La parole hébraïque exilée? »

Paul Celan s’est rendu à Tel Aviv en 1969 où il a prononcé ce discours que je trouve bouleversant. Un an après, en avril 1970, Paul Celan s’est suicidé en se jetant dans la Seine. Il y a de cela exactement 40 ans.

DISCOURS DE TEL-AVIV

Je suis venu vers vous en Israël parce que j’en avais besoin.

Comme il en va rarement d’une sensation, je suis, après tout ce que j’ai vu et entendu, rempli du sentiment d’avoir fait ce qui convenait – et j’espère, pas seulement pour moi-même.

Je  crois avoir une notion de ce que peut être la solitude juive, et je comprends aussi, parmi tant de choses, la fierté reconnaissante pour chaque verdure plantée par vous-même et qui est prête à rafraîchir chacun qui passe par là ; comme je saisis la joie pour chaque parole nouvellement acquise, par vous-même ressentie, accomplie et qui accourt fortifier celui qui se tourne vers elle – je saisis cela en ces temps où l’aliénation de soi et l’emprise de la masse croissent en tous lieux. Et je trouve ici dans ce paysage extérieur et intérieur beaucoup de vérités contraignantes, de l’évidence naturelle, de l’unicité ouverte au monde, propres à la grande poésie. Et je crois m’être entretenu avec la tranquille et confiante résolution de vous affirmer dans l’humain.

Je suis reconnaissant à tout cela, je vous suis reconnaissant.

Traduction: Rainer Michael Mason

paru dans La revue des Belles Lettres, Paul Celan, 1972

Je remercie Bertrand Badiou, gestionnaire de l’oeuvre et du fond posthume de Paul Celan et Suhrkamp Verlag de m’avoir donné l’autorisation de mettre ce texte en ligne. Ce texte ne peut en aucun cas être repris sur d’autres sites, sous peine de poursuites pour non-respect du droit d’auteur.

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Nettoyage de Pessah

Vendredi, mars 19th, 2010

Balais au Kerem Hateimanim

Balais au Kerem Hateimanim

Si malgré l’intense activité que requiert le nettoyage de Pessah, vous avez encore le temps de lire un blog. Voici un extrait de la nouvelle Lin, Laine, Levain qui figure dans mon livre Bouquet de Coriandre.

La femme du Président aimait respirer les odeurs du printemps mêlées à celles des détergents. Elle ne pouvait s’imaginer passer les semaines avant la Pâque, assise et inactive. Cette année-là, elle avait décidé de se surpasser, elle voulait atteindre la perfection, faire un nettoyage idéal, une oeuvre d’art. Elle chasserait le levain avec encore plus de sérieux, bien qu’elle eût accepté de recevoir chez elle pour la première fois la femme que son fils s’était choisie et qu’elle avait refusé de rencontrer pendant des mois.

Tous les jours de l’année, elle était embarquée dans une course épuisante, dans une bataille perdue d’avance contre le désordre et la poussière, la saleté et le chiffonnement. Mais, quand elle se lançait dans la grande entreprise du nettoyage de Pessah, elle croyait que la victoire était possible, qu’elle réussirait à éliminer toutes les traces de saleté et à se débarrasser de tous les grains de poussière, ennemis des Hébreux, leurs durs travaux en Egypte n’étaient-ils pas principalement des travaux de manipulation de la poussière de la terre? et la troisième plaie était en fait de la poussière changée en vermine. Pourtant, le Rabbin avait longuement expliqué au cours de préparation à la Pâque destinée spécialement aux femmes que la poussière n’était pas du levain et qu’il ne fallait surtout pas confondre le nettoyage de la Pâque, cette traque implacable de la moindre farine levée ou fermentée, ce dépistage systématique de chaque miette, fragment, rognure d’aliments contenant de la levure, du ferment, du levain avec le nettoyage de printemps qui s’attaquait à la poussière et aspirait à la propreté et au blanchiment. Elle avait écouté les propos du Rabbin avec respect mais elle savait comme toutes celles qui assistaient à ce cours que ces différences théoriques n’avaient aucun sens dans la pratique; les jours à venir, elle allait se consacrer à un ménage en profondeur où le levain et la poussière confondus seraient annihilés.

Tout d’abord, elle demandait au Président d’acheter les produits d’entretien nécessaires, pour laver, pour désinfecter, pour faire briller, pour cirer. Puis, elle mettait au point son programme, elle croyait aux avantages de l’organisation. Entre les différentes étapes du nettoyage que son esprit visualisait, elle se demandait pourquoi son fils ne s’était pas trouvé une fille de la communauté ou de la communauté de la grande ville voisine. Elle s’endormait difficilement, préoccupée par l’ordre dans lequel elle allait travailler. Procéderait-elle par thèmes, consacrerait-elle un jour au lavage de tous les volets de la maison, un autre au dépoussiérage, le troisième jour à l’arrangement des armoires, oh! il lui faudrait bien plus d’une journée, un autre jour, battrait-elle tous les tapis ou adopterait-elle un partage des tâches localisé, chambre après chambre, couloir après couloir, recoin après recoin. Elle craignait que le temps écoulé entre le nettoyage de la première et de la dernière chambre ne la poussât à recommencer à nettoyer la première lorsqu’elle aurait fini le lavage de la dernière, mais après plus ample réflexion, elle réalisait que l’autre méthode présentait ces mêmes inconvénients. Elle se décidait donc pour le travail global, pièce par pièce, qui lui semblait permettre une attention plus soutenue aux détails, chaque pièce ayant ses propres besoins; dans la salle de bains, elle s’appliquerait à frotter les carreaux de céramique et à retirer avec un couteau la saleté qui s’était introduite entre les joints; dans la salle à manger, elle se consacrerait surtout au vernissage des boiseries; dans le corridor, elle époussetterait les livres un à un et c’était la seule occasion de l’année où elle les ouvrirait. Et bien sûr, elle donnerait à la cuisine tout le soin qu’elle méritait, elle viderait tous les tiroirs, tous les placards, frotterait toutes les étagères, ébouillanterait toutes les casseroles, et elle terminerait par les cuivres avec la vieille méthode, au citron et au sable, un sable de construction jaune et tamisé, plus efficace que ces produits acides qui décapaient les mains et empestaient la cuisine.

Pendant cette période, la première chose qu’elle voyait le matin quand elle ouvrait les yeux, c’étaient les grains de poussière qui voltigeaient dans les rais de lumière dessinés par les claires-voies des persiennes. Dès l’aube, une angoisse terrible l’habitait, un sentiment d’impuissance, elle n’arriverait pas à se débarrasser de la poussière, des acariens, des miettes de pain devaient se tapir dans des lieux improbables et elle ne réussirait pas à les dénicher toutes, sa maison ne serait jamais entièrement libérée des particules de levain interdites.

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Des fruits pour Tou Bishevat

Jeudi, janvier 21st, 2010

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Tu Bishevat est une fête, le nouvel an des arbres, mais c’est en fait une date,  ט »ו בשבט, le 15 du mois de Shevat. Aujourd’hui, nous sommes le ו בשבט, le 5 du mois de Shevat. Dans dix jours, vendredi 29 janvier au soir, on fêtera donc ce nouvel an des arbres en mangeant beaucoup de fruits. Certains disent 15 comme la datte. Oh pardon, je voulais écrire comme la date. Et en effet, la datte fait partie des 7 espèces d’Israël avec le blé, l’orge, la vigne, la figue, la grenade, l’olive.

Un extrait du Concours, l’une des 13 nouvelles de mon Bouquet de Coriandre. Elle est très fruitée!

…Le Rabbin voulait aussi les former à la récitation des bénédictions. Il leur avait fait ânonner en chœur celles liées à l’alimentation, les plus courantes. Il insistait sur la différence entre la bénédiction du fruit de la terre et celle du  fruit de l’arbre. Les enfants connaissaient le texte des deux bénédictions, ils savaient théoriquement qu’une pomme venait de l’arbre pommier et qu’il fallait, avant de la croquer, dire la bénédiction sur le fruit de l’arbre, et qu’il en était de même pour les grenades, les figues, les olives, les avocats, les pêches… Ils savaient également qu’avant de manger les fruits, les graines, les racines, les fleurs ou les feuilles de plantes comestibles comme les poivrons, les pastèques, les concombres et les aubergines, les graines de tournesol, les petits pois, les carottes, les salsifis, les fleurs de courgettes, les câpres, la laitue, on devait prononcer la bénédiction sur le fruit de la terre. Mais, en pratique, ils avaient tendance à confondre les deux prières. Pour savoir quelle était la bénédiction appropriée, il était impératif de reconnaître si un fruit était de l’arbre ou de la terre et donc d’avoir des connaissances minimales en botanique, matière qui semblait être totalement étrangère aux élèves du Rabbin.

Pour corriger cette faiblesse, le Rabbin organisa un concours.

Chaque élève devait dresser la liste la plus longue possible de fruits de l’arbre et de fruits de la terre avec, en vis-à-vis du nom du fruit, le nom de la bénédiction lui correspondant.

La fille du Président avait décidé que sa liste serait la plus longue. Elle se mit à la chasse aux fruits et aux légumes, elle déambula entre les étals du marché, elle feuilleta des livres de cuisine et de jardinage, elle consulta des livres de botanique, elle demanda à tous les adultes qu’elle rencontrait de lui citer les fruits les plus exotiques qu’ils connaissaient.

Le Rabbin fut surpris du sérieux avec lequel les enfants participèrent au concours. Grâce à eux, il fit connaissance avec le durion et la mangouste, la jambose, le ramboutan et la fenouillette, l’igname et la colocase. Eux qui n’avaient aucune baie dans leur région rédigèrent des listes détaillées où des dizaines de ces fruits vermeils, framboises, myrtilles, mûres, airelles, groseilles à grappes et à maquereau, cassis, arbouses semblaient leur être aussi familiers que les pommes et les bananes qui faisaient l’ordinaire de leurs goûters.

Lors de l’examen des listes, il y eut des surprises, le Rabbin leur fit quelques révélations, ce n’était pas si simple, il s’avéra qu’un légume pouvait être fruit, que le champignon appartenait à un tout autre groupe et que le raisin vert était considéré comme un fruit de la terre mais quand ses grains atteignaient leur taille maximale, il devenait fruit de l’arbre. Les légumes comme la citrouille, le navet, les épinards qui sont meilleurs cuits que crus ne rentraient pas, quand ils étaient mangés crus, dans la catégorie des fruits de l’arbre ou de la terre mais dans celle qui comprenait les jus de fruits, la guimauve, la viande, les barres chocolatées et le poisson. Par contre, lorsqu’ils étaient mangés cuits, ces mêmes légumes devenaient fruits de la terre!

(…)Elle éplucha le dictionnaire à la recherche de légumes et de fruits inconnus, elle y découvrit la sapotille originaire des Antilles et qui se mange blette, les gombos de Louisiane, le panais, le pourpier, la marasque, l’icaque, l’alberge et la canneberge, l’atoca, l’anone, et l’alize, légèrement acidulée.

Sa grand-mère lui proposa d’insérer dans sa liste la confiture de roses dont elle était si friande mais elle hésita, elle ne savait pas qu’elle serait la bénédiction adéquate. Elle se décida finalement pour le fruit de la terre et elle eut raison, le Rabbin la félicita pour cet exemple original.

Malheureusement, malgré ses efforts, elle n’atteignit que la cinquième place et elle n’eut droit à aucun prix (…)« 

©Rachel Samoul

Une adresse pour acheter vos fruits secs à Tel Aviv

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Le dernier Juif, Yoram Kaniuk

Jeudi, janvier 14th, 2010

Le dernier Juif de l’écrivain israélien Yoram Kaniuk a été écrit entre 1964 et 1981, l’année de sa première publication. L’année dernière, il a été réédité en hébreu. Le dernier Juif vient de sortir en français dans une traduction de Laurence Sendrowicz aux éditions Fayard.

Grâce à mon amie Marion, j’ai eu l’honneur de rencontrer Yoram Kaniuk et de l’interviewer pour l’Arche. Un homme fascinant.

Le Dernier Juif

Le dernier Juif est un livre foisonnant et exigeant, comme le sont les chefs d’oeuvre:

Une grande œuvre, c’est toucher aux fibres les plus douloureuses, une tentative de créer, de défier, de changer le monde et on venait lui dire: bravo, c’était très beau. Comme je le comprenais.

La dualité entre Juif et Israélien, la guerre,  la mémoire, le deuil, la mort des fils:

Aujourd’hui, je sais que ce qui s’écrit doit être écrit malgré la grammaire et non grâce à elle. Menahem est mort à tous les temps et à tous les modes, la douleur ne se mesure pas avec des virgules…

la Shoah, le judaïsme, le sionisme, la Kabbale, l’Amérique, les rapports entre Juifs et Allemands (c’est Gunher Grass qui a inspiré le personnage de l’écrivallemand), la Mort:

La mort ne défait pas le Juif. La vie, peut-être, le défera.

Une chronique juive où le Temps est malmené, chamboulé.

Une épopée de 620 pages qui vous laisse pantelant.

http://blog.tapuz.co.il/internet/images/%7B94DCFB5B-5AD3-456D-8AA0-18FA6E982D3C%7D.jpg


J’avais beaucoup aimé aussi Le dernier Berlinois et je suis plongée dans la lecture de Ma vie en Amérique. Je vous en parle dés que j’ai fini de le lire.
Yoram Kaniuk sera à Paris au Musée d’art et d’histoire du judaïsme, le 26 janvier 2010
Le  film de son livre Adam ressuscité, réalisé par Paul Shrader, produit par Ehud Bleiberg, avec Jeff Goldblum, William Dafoe, Derek Jacobi, Jenya Dodina, devrait sortir prochainement en France.

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Lancement de la revue Continuum à Tel Aviv

Mercredi, décembre 2nd, 2009

Le 8 décembre 2009 à 20 heures aura lieu, à l’Institut français de Tel Aviv, le lancement du sixième numéro de la revue Continuum, la revue des écrivains israéliens de langue française.

La soirée sera présentée par Roselyne Dery.

Centenaire de Tel-Aviv – entretien avec Esther Orner, Francine Kaufmann, Rachel Samoul

Les invités: les poètes israéliens, Pnina Amit, Maya Bejerano, Raquel Chalfi, Haya Esther, Yaël Globerman, Ronny Someck

Les poètes: les derniers préservateurs des solitudes, Paul Celan

Autour de Paul Celan – entretien avec Marlena Braester et Ilana Shmueli: émouvant  témoignage sur la vie et l’œuvre de  Paul Celan

Au fond, de la crevasse des temps, près du rayon de glace attend, cristal du souffle, ton témoignage irrévocable, Paul Celan

couverture Continuum


Rencontre suivie d’un cocktail

En français – entrée libre

A 20h, le 8 décembre 2009

Institut français de Tel-Aviv Rothschild, 7 Tel-Aviv

Inscription : 03-7968000

Pour prendre connaissance du sommaire de la revue, cliquer ici

Lire aussi Tel Aviv et Paul Celan dans la revue Continuum

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