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On témoigne en disant

Les Nations Unies ont choisi, par la résolution 60/7 de 2005, le 27 janvier, jour de la libération d’Auschwitz comme Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste.

Yad Vashem, pour célébrer les 65 ans de la libération, présente une exposition: « L’architecture meurtrière: les plans d’Auschwitz-Birkenau » où sont montrés des plans du camp d’extermination encore jamais vus par le public.

Le thème cette année est: « Se souvenir de l’Holocauste: le legs de la survie »

Esther Orner a publié en 1999 aux éditions Metropolis, un roman, Autobiographie de Personne où elle donne la parole à sa mère rescapée d’Auschwitz.

En voici un court extrait:

Bien sûr, certains qui sont revenus de « là-bas » ont écrit. Pas tout. Car tout qui peut le dire? La pointe de l’iceberg, comme on dit. A peine. On écrit pour témoigner, ont-ils dit. Sans doute. Ils étaient très jeunes d’ailleurs. Et ce qui compte c’est qu’ils soient revenus. Qu’un jour ça s’est arrêté. Sinon personne ne serait revenu. On témoigne. C’est important. Mais qu’on arrête de dire qu’il faut en parler. Que parle celui qui veut. Qui peut. C’est vrai qu’on témoigne en disant. Puis à côté de ça viennent ceux qui veulent nier. Qui osent nier. Bientôt nous ne serons plus là. Et ils écrivent plus de livres que les rescapés et leurs descendants. D’ailleurs on fait des recherches sur nos descendants. Voir ce que ça leur a fait. Comme si c’était pas évident. Et maintenant on met tout sur ordinateur. Tout doit être catalogué. Archivé. Arithmétisé. Si, si, on fait des recherches sur tout. Ca aussi, je l’ai lu dans un magazine. Recherches ou pas, on a assez souffert. Ce mot est bien faible. Je n’en connais pas d’autres pour dire notre souffrance. Il parait d’ailleurs que notre souffrance est devenue celle de tout le monde. Je veux bien. De toute manière qui nous demande notre avis. Alors quelle importance. Enfin.

En Israël, le jour de la Shoah, Yom HaShoah a été institué en 1951 et débutera le 12 avril 2010 au soir.

Coquillages, coques et guerre, un poème de Pnina Amit

La semaine dernière, dans mon billet Blogueuse en Israel, le temps qui passe, la main qui écrit, je vous parlais d’une soirée de poésie pour le lancement du recueil de la poétesse Pnina Amit צדפים קונכיות ומלחמה , Coquillages, coques et guerre. Le livre est  illustré par le peintre Moshe Kadishman.  Esther Orner a traduit l’un des poèmes en français. Pnima Amit est elle-même traductrice, elle traduit de l’anglais des poèmes indiens.

J’avais envie de partager ce poème de langue hébraïque traduit en français avec vous.

Pnina Amit et Esther Orner m’ont donné l’autorisation de le publier sur Kef Israel en avant-première. Je les en remercie.

Coquillages, coques et guerre /Poème 25

Cette nuit j’ai écouté la pluie s’acheminant à la mer. Et la mer est pleine
de léviathans gémissants, des perles poussent enlacées dans des coquilles
et le cœur de la mer bat, vers les plages des barques de pêcheurs attendent

à Bagdad des jeunes filles apprennent l’art du ballet
opposées
aux rebelles. Des terroristes
traversent Jérusalem
mon artère principale est bouchée
par les guerres.

Mon amour est en veille ailleurs

Enlace-moi, enlace, enlace
jusqu’à ce que les sentinelles qui tournent dans les rues me trouvent
jusqu’à ce que la nuit
de la mer  brise des coques sur la plage

Blogueuse en Israël, le temps qui passe, la main qui écrit

J’aime la vie de blogueuse car c’est une vie libre. Il faut pourtant un minimum de contraintes et je me les donne avec plaisir. Je sais plus ou moins ce sur quoi je veux écrire, ce que j’ai envie de partager avec vous mais quelquefois, j’ai l’impression que la vie s’emballe et j’ai soudain l’embarras du choix.

Comme aujourd’hui, le 29 octobre 2009.

29 octobre 2009 correspond cette année à la date hébraïque du 12 Heshvan, jour de commémoration officiel du meurtre d’Ytshak Rabin. 14 ans déjà. Ce soir, l’école d’Anaël organise une marche de Kikar Atarim jusqu’à la place Rabin en passant par le boulevard Ben Gourion. Je voulais filmer et écrire un billet.

Mais ce 29 octobre 2009, il pleut à Tel aviv, il y a du vent, le tonnerre gronde et j’aurais aimé prendre quelques photos pour vous montrer, enfin l’automne en Israël, que j’attendais depuis quelques semaines et clamer: ce matin, je n’ai pas chaud!

Parasol fermé!

Parasol fermé!

Et puis sur Twitter, je découvre qu’aujourd’hui, le 29 octobre, Astérix a 50 ans, Google a un logo spécial pour l’occasion et j’ai déjà le début d’un article en préparation intitulé Mazal tov Astérix!
asterix09

J’avais aussi envie de vous parler de la Force du nom, le colloque qui aura lieu la semaine prochaine à Jérusalem, de vous raconter les conférences du mensuel L’Arche en Israël, de traduire le billet de Sarah, Save the dates-Art in Tel Aviv sur les prochains rendez-vous artistiques à ne pas manquer notamment ce soir.

Je voulais vous raconter en détail  la soirée poétique hier soir à Tel Aviv, dans une librairie sur la place Rabin, pour le lancement du livre de la poétesse Pnina Amit, illustré par le peintre Moshe Kadishman,  צדפים קונכיות ומלחמה . Mon amie Esther Orner était présente et a traduit l’un des poèmes en français, en voici un très court extrait:

Coquillages, coques et guerre /Poème 25

Cette nuit j’ai écouté la pluie s’acheminant à la mer. Et la mer est pleine
de léviathans gémissants, des perles poussent enlacées dans des coquilles
et le cœur de la mer bat, vers les plages des barques de pêcheurs attendent…

Tous ces événements seront peut-être les sujets de futurs billets ou pas.

Certains me reprocheront de mettre sur le même plan, la pluie, Ytshak Rabin, la poésie et Astérix mais ce sont les événements qui ponctuent ma journée en Israël et dont je veux laisser des traces.

Cette installation de Michal Bar Oz et d’Ifat Moor se trouve dans le hall d’entrée de Beth-Hatfutsoth, le musée du peuple juif. Je l’ai remarqué quand j’ai assisté à la projection du documentaire Les enfants sans ombre. Elle  s’appelle Eternal repetition.


J’ai aimé le passage du temps, la main qui écrit, le temps qui passe et qui efface, et la main qui écrit encore et le temps qui passe et la main qui écrit….

Merci à tous ceux qui ont lu ce texte jusqu’ici. C’est un texte qui prend trop de temps à lire, pour un blog!…et il ne pleut déjà plus.

Tel-Aviv et Paul Celan dans la revue Continuum

Le sixième numéro de Continuum, la revue des Ecrivains Israéliens de Langue Française vient de sortir.

J’ai eu le plaisir de faire partie du comité de rédaction, avec Marlena Braester et Esther Orner.

couverture Continuum

Pour fêter le centenaire de Tel Aviv, des textes en prose sur la ville dans  Regards sur Tel Aviv et des poèmes traduits de l’hébreu ainsi que des poèmes écrits directement en français dans la rubrique  Tel-Aviv en poèmes.

La revue propose aussi un Hommage à Paul Celan.

Paul Celan (23 novembre 1920, 20 avril 1970) le poète a prononcé un discours lors de son unique passage en Israël le 15 octobre 1969, le Discours de Tel-Aviv. On trouve le magnifique texte, traduit de l’allemand en français, dans la revue.

Dans le cadre du Salon de la Revue à Paris, la revue CONTINUUM propose:

le dimanche 18 octobre, de 12 h à 13h un entretien AUTOUR DE PAUL CELAN: avec la participation de Marlena Braester, John E. Jackson, Esther Orner, Philippe Païni, Jose Luis Reina Palazon, Jean Portante, Simone Wiener-Bentata.

Espace des Blancs-Manteaux, 48, rue Vieille-du Temple Site du Salon: www.entrevues.org

Continuum Année de création : 2002

Prix de vente: Europe, 15 euros  Israël 50 NIS

Pour commander la revue: braester@bezeqint.net

La revue est publiée avec le soutien de l’ambassade de France en Israël -Institut français de Tel-Aviv- Programme Eliezer ben-Yéhouda

Lire aussi

Hommage à Henri Meschonnic et Israël vue sur mer textes parus dans la revue Continuum, numéro 5, pour l’année 2007/2008.

Hommage à Henri Meschonnic

CONTINUUM est la revue des écrivains israéliens de langue française. Son numéro 5, pour l’année 2007/2008, a consacré à Henri Meschonnic un large dossier intitulé Henri Meschonnic et l’Utopie du Juif.

Henri Meschonnic vient de décéder le 8 avril. En hommage, je reproduis ici une partie de son entretien avec Esther Orner: Le Poème , un acte éthique

E.O. – Comment êtes-vous venu à l’idée de traduire la Bible ? D’abord les Cinq Rouleaux et maintenant le Houmach, travail qui renouvelle entièrement la conception de la traduction du texte biblique.
H.M. − Question difficile pour moi justement parce qu’elle m’engage du plus profond de mon histoire individuelle, avec mon enfance traquée pendant la guerre, et paradoxalement (je dis paradoxalement parce que la
Bible est un texte religieux et hyper-sacralisé) dans une famille non religieuse. Mais le besoin intérieur de réagir, et de me trouver, est passé par l’apprentissage individuel et tardif de l’hébreu biblique. J’ai dûcommencer vers vingt ans, je n’y suis vraiment arrivé qu’à vingt-sept, quand j’étais soldat dans la guerre d’Algérie. Je suis un autodidacte et un
amateur, pas un professionnel. Je n’arrête pas d’apprendre. J’ai ressenti un choc très fort en découvrant l’original, par rapport aux traductions. Et surtout quand j’ai découvert la grammaire des teamim, je ne me rappelleplus où, mais par bonheur j’ai d’emblée trouvé mon système d’équivalences typographiques pour les trois forces des accents
disjonctifs, dès la première traduction qui a paru, c’est Ruth, au printemps 1966, puis Paroles du Sage en 1968 et Le chant des chants en 1969, avant Les Cinq Rouleaux de 1970. Et j’ai continué d’apprendre, avec les Taamei
hamiqra de Baruch ben Yehouda (1968) et les deux traités, en anglais, de William Wickes (Ktav, New York, 1970). La visée, je l’ai ressenti tout de suite, c’est de faire entendre le poème de l’hébreu et l’hébreu du poème.
Alors, si tout va bien, là j’ai fini bamidbar, et je vais me mettre à devarim, j’ai l’intention de traduire toute la miqra.
Et j’y ai appris des choses importantes, comme la différence entre le sacré, le divin et le religieux. Différence que ne font pas les religieux. Je définis le sacré comme le fusionnel entre l’humain et le cosmique, et incluant l’animal : le serpent parle à Ève ; le divin est le principe de vie (Genèse 1, 20-21) qui se réalise dans toutes les créatures
vivantes ; le religieux n’arrive qu’avec vayiqra, c’est la ritualisation de la société (le calendrier des fêtes, les interdits, les prescriptions) et en tant que théologico-politique le religieux peut même être l’ennemi majeur du
divin : on tue au nom de Dieu.
Et, ce qui a une importance telle que pour moi la Bible n’est pas une origine mais un fonctionnement, je trouve dans la Bible le fait, dès beréchit, que des mots abstraits comme « la vie » soient le pluriel du concret, « les vivants ». Je viens d’en faire tout un livre, où j’oppose le réalisme des essentialisations au nominalisme des individus d’abord.

E.O. – Je voudrais vous poser une question plus personnelle. Vous êtes souvent venu donner des conférences en Israël, qu’est-ce que ce pays représente pour vous ?
H.M. − Cela aussi c’est une question, je dirais à la fois facile et difficile. Une chose est sûre, c’est que pour moi ce n’est pas un pays comme un autre. Je m’y sens personnellement concerné. C’est un pays que j’aime, avec tous les problèmes qu’il porte, et le combat que cela suppose, contre toutes les formes d’antijudaïsme, d’antisémitisme, et la
dénonciation à laquelle je travaille du nazisme dans l’islamisation duconflit israélo-arabe, et que le compassionnisme pro-palestinien ne veut pas voir. J’ai lu le livre de Yohanan Manor sur les manuels scolaires
palestiniens, où on lit qu’on apprend à des enfants de trois ans comment faire un nez juif, avec le chiffre 6. Mon rapport à Israël implique pour moi un combat. Et pourtant, d’un autre côté, je ne suis pas en exil. Je ne
peux que terminer sur le dicton yidich, s’ez schwer tzi seïn a yid. Et c’est quand tout allait bien que mes parents disaient, miz doch in gouless.

continuum

Continuum Année de création : 2002
Pour commander la revue braester@bezeqint.net

Lire l’article Pour saluer Henri Meshonnic sur le blog de Pierre Assouline

Bouquet de coriandre à Natanya, le 26 mars

Je présenterai mon livre Bouquet de coriandre

lors d’un petit-déjeuner de la WIZO-NATANYA,

le jeudi 26 mars 2009 à 10h30

à l’espace Wizo, 13 rue Mac Donald, Netanya

La rencontre se fera sous forme de dialogue avec Esther Orner, écrivaine et amie.

Son dernier livre: Récits grammaticaux et Autres petites histoires.

Myriam 052 448 94 84 Jacqueline 0544 808 580

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Bouquet de Coriandre est un recueil de treize nouvelles traversées par les mêmes personnages : le Président d’une petite communauté juive originaire d’Afrique du Nord, sa femme, ses enfants, ses petits-enfants, son gendre, ses amis. L’auteur nous entraîne de la salle à manger à la chambre à coucher, de la salle de bains à la cuisine, là où se jouent les enjeux des relations familiales. Les personnages sont les héros d’un quotidien ponctué par le temps des fêtes de l’année juive et celles du cycle de la vie. Nous sommes témoins des naissances, des mariages et des deuils. Nous entrons dans un monde où un gâteau manqué peut annuler un mariage, où se raser pour la première fois équivaut à couper le cordon ombilical, où écrire un discours peut devenir un acte métaphysique. Un regard intime et humoristique sur la famille du Président et sa communauté. Le ton est très incisif mais toujours chaleureux. Bien que ces personnages, tous attachants, évoluent entre deux cultures, la tension entre tradition et modernité se résout toujours grâce à l’immense tendresse qui les unit. Nous découvrons que c’est dans des détails comme plumer un poulet, débusquer la poussière, préparer un couscous et même choisir un cercueil que la vie prend toute sa mesure. Et que c’est parfois au détour du parfum épicé d’un Bouquet de Coriandre que le matériel et le spirituel s’harmonisent…

Tel Aviv à la Foire du livre de Bruxelles-Premières impressions

Je reviens tout juste de la Foire du Livre de Bruxelles où Tel Aviv était à l’honneur sur le stand 237 et où avec Agnès Bensimon, nous avons été en immersion totale! Bon courage Agnès jusqu’à ce soir!

Tel Aviv se livre, Foire du livre de Bruxelles 2009

Tel Aviv se livre, Foire du livre de Bruxelles 2009

La photo de la piscine Gordon prise en 1957 par Rudi Weissentein de la Tsalmania Pri-Or a eu un grand succès. Un visiteur a trouvé qu’elle ressemblait presque aux planches du livre Où est Charlie!

On a été ravies que grâce à Alexia, les jeunes étaient au rendez-vous.

On a été heureuses de conseiller nos coups de coeur, A la fleur de l’âge d’Agnon, Voir ci-dessous amour de David Grosman, Textile d’Orly Castel-Blum, les livres d’Esther Orner, les nouvelles de Savyon Liebrecht, la poésie de Yehouda Amihaï et bien d’autres.

On a bien ri quand un lecteur a découvert que l’Imagerie Français-Hébreu chez Fleurus, par ailleurs très bien faite, avait une page intitulée Chez le boucher où on pouvait apprendre à dire en hébreu jambon, saucisson et autres cochonailles.

On a presque pleuré quand l’auteur Karine Tuil est venue nous prévenir qu’elle avait été verbalement agressée en tant que juive par un antisémite à l’anorak rouge.

On a apprécié de faire la connaissance d’Irène Cohen-Janca qui a écrit un magnifique album intitulé Les arbres pleurent aussi aux éditions Rouergue (j’y reviendrai dans un prochain billet)

On s’est réjouies de tenir salon avec tous les amis qui sont venus nous soutenir.

Et surtout, on a été soulagées, car malgré les prévisions pessimistes,

la plupart des visiteurs nous ont fait part du plaisir qu’ils ont eu à lire Histoire d’amour et de ténèbres d’Amos Oz,

de leur indignation quand il a été question d’annuler l’exposition sur la Ville Blanche, (qui aura lieu du 1er avril – ce n’est pas un poisson d’avril -, au 31 mai au CIVA hors les murs à L’Espace-Architecture La Cambre, plage Flagey)

de leur emballement pour le film Valse avec Bachir,

et tout simplement de leur sympathie.

Matière à réflexion, un poème de Nathan Alterman

Photo Rachel Samoul

Photo Rachel Samoul

Vendredi dernier, dans le  עכבר העיר, le « Pariscope de Tel Aviv » et en traduction littérale, la « souris de la ville »,  proposait un poème de Nathan Alterman  (Varsovie 1910,Tel Aviv 1970)  l’un des plus grands poètes d’Israël. Ce poème a été publié  dans הטור השביעי, la septième colonne, une chronique hebdomadaire qu’a tenu Nathan Alterman dans le journal דבר, Davar de 1943 à 1967. Il m’a semblé à ce point  pertinent que j’ai entrepris avec mon amie Esther Orner, de le traduire.

Matière à réflexion

Supposons qu’un seul canon arabe,
un petit canon, sans valeur, tire à moitié éveillé
un seul coup de feu, un seul par semaine
sur la salle de rédaction des journaux.

Supposons que des rédacteurs se retrouvent
par hasard, en réunion, à leur retour le soir
et demandent : Quoi de neuf chez vous ?
et un interlocuteur répond : Rien de très grave…

La routine. Tout est calme.
Seul de temps en temps, en plein travail,
un tir de mortier sur le secrétariat de la rédaction.

A part ça, presque rien. Un avion, à basse altitude,
et à l’aube, quelques salves sur l’imprimerie.

Et un deuxième interlocuteur de dire: ici aussi,
aucune raison de se plaindre. Toutes les deux semaines à peine,
on tire d’un pauvre bazooka sur nous
directement dans nos fenêtres et nos portes.

Parfois, un obusier nous surprend.
On n’en fait pas toute une histoire.

Et le troisième de dire: oui, frères, ce serait mauvais
de réagir à des cas pareils.
Hier, chez nous, le plafond s’est presque effondré
mais bon.

Ainsi parlaient les rédacteurs, et mon cœur (dont
l’activisme n’est évidemment pas le fondement)
me murmure : vois, je suis presque convaincu
par leur réaction stoïque.

Seul le bruissement d’un léger doute me déconcertait:
la ligne d’argumentation resterait-elle la même
si notre journal se trouvait vraiment là-bas
et ne recevait seulement qu’un obus par semaine…

Un obus par semaine, – n’est-ce pas ? – et chaque jour
des salves isolées sur la salle de réunion

Il se peut qu’ils exigeraient alors, haut et fort,
d’en finir à tout prix avec chaque tir…
Il se peut qu’ils l’exigeraient sans aucune
réserve, qui connaît le cheminement de la pensée…

L’essentiel, quelquefois (on le sait déjà)
n’est pas l’activisme-oui ou l’activisme-non…
L’essentiel, c’est que loin des villes frontalières,
débattre en écrivant des ismes, c’est facile…

Ca a de l’influence. De l’influence sur la formation
des opinions. Mieux vaut une analyse claire et détaillée,
pourtant le point de vue du commentateur dépend sans doute
également de son poste d’observation.

Traduit de l’hébreu par Esther Orner et Rachel Samoul

Pour lire en français et en hébreu le poème le plus connu d’Alterman, Le Plateau d’argent

Shabbat Shalom