Un poème de Bialik pour une famille assassinée

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Comme une chape de plomb, aujourd’hui sur Israël. Comment comprendre qu’on puisse égorger un enfant dans son sommeil? Mon amie Esther Orner m’a parlé du poème  que  Bialik avait écrit après le pogrom de Kichinev en 1903. Je crois qu’il convient tout à fait aujourd’hui.

Tuerie

Cieux, implorez grâce pour moi !
S’il y a en vous un Dieu,
Et un chemin qui conduit à lui, Un chemin que je n’ai pas trouvé
Alors, priez vous pour moi !
Mon cœur est mort;
Plus de prière sur mes lèvres,
Plus de force dans les bras, plus d’espoir !

Jusqu’à quand ? Jusqu’où, Jusqu’à quand ?

Holà ! Bourreau, voici ma gorge, viens et tue !
Abats-moi comme un chien ! Toi, tu as un bras et un couteau
Et, moi, j’ai l’univers pour échafaud.
Frappe à la tête ! Que le sang du meurtre,
Le sang de l’enfant et du vieillard,
Gicle sur ta chemise

Et que jamais il ne s’efface !

S’il y a une justice, qu’elle paraisse aussitôt !
Mais si elle tarde, si elle n’éclate qu’après ma mort,
Après que, moi, j’aurai été détruit,
Je veux que son trône s’écroule
Et que les cieux périssent dans le mal éternel !
Quant à vous, scélérats, sustentez-vous de sang,
Allez et vivez de vos ignominies !

Maudit soit celui qui dira : vengeance !
Une telle vengeance, la vengeance du sang d’un enfant,
Satan ne l’a point encore inventé…
Que le sang se creuse un chemin sous terre,
Qu’il sape et ronge et mine dans les ténèbres
Les fondements délabrés de l’univers !

(Traduction de l’hébreu de J. Milbauer)

Paru dans l‘Anthologie de la poésie en hébreu moderne (Gallimard, 2001)

En souvenir de Hadass, 3 mois, Elaad, 4 ans, Yoav, 11 ans, Ruth Fogel, 35 ans, Udi Fogel, 36 ans égorgés à Itamar.

Roï, 8 ans et Ichai ont échappé au massacre. C’est Tamar 12 ans qui a découvert l’horreur.

אלעד פוגל

אלעד פוגל צילום : חדשות 10

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