Hommage à Simone Veil

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Un hommage d’Esther Orner à Simone Veil (13 juillet 1927-30 juin 2017), extrait de ses Memories 3 ou Mémoires d’une paresseuse.

Simone Veil est morte vendredi matin. J’ai passé mon après-midi à la télévision. En juillet elle aurait eu 90 ans comme Nelly Leibel Akerman. Elles auraient pu se rencontrer à Birkenau. Elles se sont rencontrées à Paris m’a dit Chantal Akerman et se sont serrées dans les bras. En regardant, en lisant je vois que je connaissais son histoire. Elle fait partie de la nôtre.Je lis tout ce qui concerne Simone Veil. J’avais lu Une vie. J’avais été étonnée qu’elle  parle si peu d’Israël. Pourtant je me souvenais  l’avoir vue à Bar Ilan lors d’un colloque et je lis dans L’Arche l’article de François Heilbronn, vice-président du Mémorial Juif :

Son lien avec Israël, c’était aussi ce lien des rescapés, et je me trouvais à ses côtés, avec mon père et son fils Pierre-François, au kibboutz des Combattants du Ghetto de Varsovie en 2002 pour allumer une des six bougies en ce jour de Yom HaShoah honorant la mémoire de nos six millions de morts. Ce jour là en cette année 2002 où Israël était frappé quotidiennement par le terrorisme, je vis son lien et cette solidarité indéfectible avec ce peuple de survivants et de héros dont elle se sentait si proche. Et plus tard, je fus le témoin de sa joie quand l’université de Tel-Aviv lui décerna un Docteur Honoris Causa, tant mérité. 

Je citerai la suite pour ne pas citer tout l’article exceptionnel de F.H :
Puis il y eut cet autre combat pour rendre un hommage national aux Justes de France. Elle convainquit celui qui n’avait pas besoin d’être convaincu, Jacques Chirac d’honorer au Panthéon la mémoire de ces héros anonymes qui sauvèrent tant de vies juives en France : Les Justes parmi les Nations. Et pour l’accompagner avec Jacques Chirac dans la crypte du Panthéon où la plaque fut posée, quatre jeunes enfants descendants de Justes ou d’enfants cachés furent choisis. (…)
Simone Veil était cette femme juste, digne, combative mais aussi empreinte d’une sensibilité toute particulière, celle que j’ai toujours trouvé chez tous les rescapés. Cette sensibilité où rien ne s’oublie, ni le crime, ni la main tendue dans la Nuit.

Pour elle et pour nous Travail de mémoire est plus juste que le Devoir de mémoire comme le rappelle François Heilbronn. 
Sa carrière fut brillante. Une femme rare d’une beauté que l’on ne peut taire. Je ne referai pas l’historique tout est connu mais je citerai le JDD et Europe 1  (2 juillet 2017) sur son entrée à l’Académie française, si j’ai su comment était son épée, je l’avais oublié.

Le 9 octobre 2008, sur la suggestion de deux anciens résistants, l’écrivain Maurice Druon et le Prix Nobel François Jacob, Simone Veil est élue à l’Académie française, succédant à un autre résistant, Pierre Mesmer, dans le fauteuil numéro 13 qui fut aussi celui de Jean Racine. Elle est la sixième femme reçue sous la Coupole depuis la création de l’Académie en 1635. Sur son épée, un sabre léger du XIXe siècle, elle a fait graver le mot symbole, Birkenau, son numéro de déportée, 78651, des flammes de l’enfer des fours et des rameaux d’olivier ; sur la poignée, deux mains qui s’enlacent ; sur l’attache du fourreau, un visage de femme ; et les deux devises de la République française (Liberté, Egalité, Fraternité) et de l’Union européenne (Unis dans la Diversité). 

Toutes ces citations je les ai trouvées sur le site du Crif.

J’ai aussi lu ailleurs, que, juive elle voulait que l’on récite le Kaddish sur sa tombe. Cela se fera sans doute en privé. La République française lui rendra un hommage national. Demain matin, mercredi, je le regarderai à la télévision. 
J’ai vu l’hommage grandiose qui lui a été rendu dans la cour de l’Ecole militaire. La perfection française. Ses deux fils étaient bouleversants. Le président  Macron après eux assez banal, mais en homme des médias un vrai scoop pour terminer – elle sera enterrée avec son mari au Panthéon. Sixième femme au Panthéon et son mari enterré là grâce à elle. Peut-être les premiers juifs ? On est laïque et pas communautariste, donc pas question de le signaler. D’ailleurs si on sait que Simone Veil a subi la Shoah c’est sans dire que c’est parce qu’elle était juive.

On répète partout la dernière phrase où l’ainé des deux fils pardonne à sa mère de lui avoir versé sur la tête une carafe d’eau lors d’un diner car il avait dit une phrase misogyne. Il a été dit qu’elle s’intéressait moins à leurs notes scolaires qu’à leur comportement éthique. Retenons également qu’elle était soupe au lait, se reprenait très vite et redevenait douce. C’était une revenante sans illusion. Une batailleuse. Sa dureté s’explique. Elle a bien sûr été marquée à vie comme tous ceux qui sont revenus de « Là bas ».

Dans les années cinquante on ne parlait pas vraiment des déportés juifs. On mettait en valeur les résistants  déportés. A partir des années 80 elle devient porteuse de mémoire.  Très vite retirée de la politique, elle se consacrera à la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Elle disait que lorsqu’elle écoutait la partie adverse, elle était balancée entre ses opinions et celles opposées, d’ici qu’elle n’aurait jamais pu être une militante.

Elle est retournée à Birkenau un vingt sept janvier, Journée internationale de la Shoah, sous la neige en manteau de fourrure. Elle et les autres qui ont vécu sous – 30 degrés en petite chemise. Comment ont-ils pu survivre dans ce froid et à peine nourris ? Question que je n’ai jamais osé poser à ma mère, ni à ma tante, ni à ma cousine. Ces journées consacrées à Simone Veil me ramènent très loin et je suis bien triste que l’on n’en parle à peine dans mon pays. Pour elle la réconciliation avec l’Europe notamment avec l’Allemagne c’était un rempart contre la barbarie. Elle fut élue première présidente des quinze pays. Que dirait- elle aujourd’hui lorsque l’antisémitisme sévit souvent sous sa forme nouvelle, l’antisionisme ? Elle a échappé à ce que devient l’Europe. Ces dernières années elle était rentrée dans sa nuit. Et pourtant son dernier mot à ses fils fut – Merci. Celui de l’ainé – Maman, je t’aime.

©Esther Orner