Peintres juifs et ressouvenir

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A propos du projet Tel Aviv, en marchant, en écrivant

Rue David Bloch au coin de la rue Arlozoroff.  David Bloch est originaire de Motol en Biélorussie comme d’ailleurs le premier Président de l’Etat d’Israël, Haïm Weizmann. Il contribua à la création de la Histadrout, le syndicat des travailleurs. Je découvre qu’il a été le second maire de Tel Aviv, de 1925 à 1927, entre deux mandats de Meïr Dizengoff qui lui a officié de 1921 à 1925 et de 1928 à 1936.

Je tourne tout de suite à droite dans la rue Beeri, le nom hébraïque de Berl Catzenelson, fondateur et premier éditeur du journal Davar, publication de la Histadrout. Beeri est aussi le nom d’un des onze villages édifiés en une nuit autour de la Bande de Gaza en 1946. Beeri, cible des roquettes du Hamas, un nom qu’on a malheureusement entendu beaucoup lors de la guerre de cet été. La rue s’appelle Beeri et non Catzelnelson pour la différencier de la rue Katzenelson avec un kouf du nom du poète yiddish et hébraïque Yitshak Katzenelson au destin tragique, connu pour son Chant du peuple juif assassiné. Je décide que ma prochaine promenade se fera autour de la rue Katzenelson, la rue du poète assassiné.

Je quitte très vite la rue Beeri en faisant un petit crochet à droite dans Betsalel, l’artiste par excellence, l’architecte du Tabernacle où se trouvait l’Arche d’Alliance, pour me retrouver dans le jardinet au pied de la nouvelle tour et m’engager dans une allée, alternance de terre brune et de dalles grises, bordée de cyprès. A mon deuxième passage (après la première marche, une fois installée devant mon ordinateur, je m’étais embrouillée et je n’arrivais plus à me souvenir de mon parcours labyrinthique), cette fois-ci, en compagnie de Charles, je remarque le vélo pris dans la végétation. Plus loin, Charles repérera un tuteur mangé par son arbre. Je triche un peu quand je refais ma promenade et quelquefois, je la refais plusieurs fois pour que mes pas deviennent des mots. Pourtant, je devrais me « ressouvenir ». J’ai découvert le concept dans le livre : Eugène Delacroix, écrivain, témoin de son temps, écrits choisis :  « S’imprégnant du paysage, il en réalise sur le motif plusieurs croquis à la plume ou à l’aquarelle, puis, reprenant, un croquis à l’atelier, il multiplie les études dites de ressouvenir, valorisant ainsi la part faite à l’imaginaire. » Je traverse et me retrouve dans un parc très ombragé qui longe un jardin d’enfants, très années cinquante. Me voici dans la rue Soutine, je tourne à droite puis immédiatement à gauche dans la rue Lesser Ury. Haïm Soutine, le peintre de l’Ecole de Paris, de la génération de Chagall et de Modigliani, le peintre tourmenté qui a peint des carcasses de boeuf et des enfants de choeur. Il mourra d’un ulcère mal-soigné alors qu’il était obligé de vivre dans la clandestinité. Je ne connais pas de rue Marc Chagall à Tel Aviv. Après vérification, je me rends compte qu’il en existe une, assez nouvelle, dans l’un des nouveaux quartiers de Ramat Aviv, hors des limites que je me suis fixée pour mon parcours de promenades.

Je prends la première allée à droite, très tentée par les passages oubliés, dans ce qui s’avère être une impasse édifiée autour d’un ficus magnifique qui me semble très vieux. Assise sur un banc, je prends le temps de l’admirer. Je reviens sur mes pas, longe l’école, amusée par des petits tabourets en forme de champignons multicolores distribués de chaque côté de la grille. A la récréation, les parents viennent-ils  s’asseoir là pour observer leurs enfants à travers les barreaux ? Sur l’un des tabourets-champignons, une sucette oubliée.  Je reprends à droite la rue Lesser Ury. Un peintre juif lui-aussi. Juif allemand. J’aime son tableau où deux jeunes femmes, dont l’une porte une robe rouge,  marchent dans une rue de ce que je crois être Berlin. Quartier des peintres juifs : La rue Modigliani ne doit pas donc être très loin. La voilà ! Il suffit de tourner à gauche après l’école. Et tout de suite une synagogue dont la façade joue avec des triangles. Je cherche des affinités entre Modigliani, la rue et Modigliani, le peintre. Mais rien de commun entre le génie du peintre et la rue avec ses jardinets entretenus, très propre sur elle. Une belle façade en résilles de briques et les touches de couleur des jardinières suspendues. Juste après, je délaisse la ligne droite pour tourner à gauche dans une allée piétonne qui m’emmène sur la rue David HaMelech, la rue du Roi David. Je traverse et tourne à droite pour profiter de son trottoir le plus large, très majestueux. Il a plu et la ville sent bon. Un enfant avec des bottes rouges saute allègrement dans les flaques d’eau. Je pense à la petite fille au ballon de Félix Valloton. Un balcon a été recouvert de tags par des apprentis graffeurs : Papa, je t’aime, Noam et Ora.

Je débouche sur la place Rabin juste devant la sculpture en acier d’Yigal Tumarkin, Mémorial pour la Shoah et la Tkuma,  inaugurée en 1975, une pyramide à l’envers, comme une cage, et qui suggère avec sa base, une étoile de David. Devant la sculpture au faîte de laquelle souvent fait halte une volée d’oiseaux, un jardin écologique. Comme un Monet. Y a-t-il une rue Monet à Tel Aviv ?

vélonature

 

 

 

 

vnérable ficus

 

 

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Tel Aviv, En marchant, en écrivant: Marche n°31

Distance parcourue : 0,700 mètres

Date :  15 décembre 2014, 23 Kislev

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