En marchant, en écrivant : Vers la Tour Shalom

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A propos du projet Tel Aviv, en marchant, en écrivant

Tel Aviv, En marchant, en écrivant : Marche n°28

La rue Itzhak Elhanan, du nom d’Itzhak Elhannan Spector qui fut Grand Rabbin de Kovno au 19e siècle, Kovno,  – la ville où est né le philosophe Emmanuel Levinas et dont je viens de voir un très beau documentaire  Le Dieu absent : Emmanuel Levinas et l’humanisme de l’Autre de Yoram Ron, est une rue à la frontière Nord du quartier de Neve Tsedek. Elle s’élance de la rue HaCarmel, la rue du marché vers la Tour Shalom. Cette rue est au coeur d’un projet urbain ambitieux. Il est prévu une série de tours, un élargissement des trottoirs, une circulation à deux voies, une piste cyclable, des arbres. Pour le moment, du côté Nord, les tours grimpent et du côté Sud, des vieilles maisons défoncées et griffonnées résistent encore. Un bougainvillée s’est intimement enroulé autour d’un palmier. Au bout de la rue, au coin de la rue HaShahar, une belle maison éclectique rénovée. HaShahar est le nom d’un journal hébraïque publié à Vienne à la fin du XIXe siècle auquel ont participé entre autres, Ben-Yehouda, Frishman et Lilienblum. Je découvre une vue inhabituelle de la Tour Shalom. Dan a créé un hashtag, un mot-dièse, pour elle sur Instagram : #shalomcollection et nous la photographions sous toutes ses coutures. Je me souviens qu’elle était la seule tour de la ville, il n’y a pas si longtemps. Grace à #shalomcollection, j’ai trouvé une photo très émouvante des premiers coups de pioche sur la façade de la Gymnasia Herzliya. Aujourd’hui, si  j’assistais à la destruction de cette tour, je serai désemparée.

Crochet à droite sur HaShahar puis à gauche sur Ahad Ha’am. C’est l’une des toutes premières rues de Tel Aviv où, à la place de la Tour Shalom, trônait la Gymnasia Herzliya, le premier lycée en langue hébraïque au monde, le centre éducatif, culturel et social de la jeune cité. Ahad Ha’am, Un du Peuple,  le nom de plume de Asher Zvi Grinsberg qui a habité dans cette rue de 1922 à sa mort, en 1927. Originaire de Russie, autodidacte, il prônait un sionisme plus culturel que politique où le renouveau de l’hébreu jouait un rôle capital. Il pensait le judaïsme plus comme une façon de vivre qu’une religion et à ce titre, on le considère comme le père du judaïsme laïc. Drôle d’oxymore. Il n’allait jamais à la synagogue mais connaissait la Bible sur le bout des doigts. Cependant, il eut des difficultés à accepter le mariage de sa fille Rachel avec un journaliste russe non-juif. Il s’arrêta même d’écrire pendant quelques temps. Quel fossé entre le rationnel et l’émotionnel. Mais je comprends. Je me considère comme la descendante d’une toute petite minorité de personnes qui se sont accrochées, pendant ses siècles à leur identité, – malgré tout. Qui ont autant résisté aux massacres qu’au chant des sirènes de l’assimilation et à ce titre, j’aimerais bien que mes arrière-petits-enfants soient eux-aussi Juifs.

Amusant, je viens de lire que Ahad Ha’am, comme moi, a eu sa période thé. En 1907, c’est lui qui fut en charge de créer et de diriger les bureaux de la compagnie Wissotsky à Londres.  Kolonimus Zeev Wissotsky dont la compagnie de thé détenait, en 1903, 35% des parts du marché russe était son employeur mais aussi son mécène et a financé le mensuel HaShiloah en langue hébraïque. A Tel Aviv de 1922 à sa mort en 1927, Ahad Haam a habité au numéro 11 de la rue qui porte son nom et on raconte que la police veillait à ce qu’il n’y ait pas de bruit dans les parages pour que l’écrivain et penseur puisse travailler en paix. Quelle heureuse époque ! La maison fut détruite en même temps que la Gymnasia pour la construction de la tour Shalom Meir.

En face de la Tour Shalom,  la maison en coin et en briques d’Arieh Akiva Weiss, l’homme qui voulut créer une ville hébraïque. De l’autre-côté de la rue, son voisin Michael Pollak entreprit la construction de sa maison après celle d’Ariek Akiva Weiss et au grand dam de celui-ci, il choisit des lignes droites et non des formes arrondies pour la façade. Monsieur Weiss, horloger de son état,  lui fit part de sa vive désapprobation mais Monsieur Pollak refusa d’obtempérer et n’arrondit ni ses positions, ni la maison. Le peintre, mosaïste et écrivain Nahum Gutman raconte cette histoire Un coin droit et un coin arrondi dans son livre-culte Une petite ville avec peu d’habitants. Un travers très telavivien car ce qui saute aux yeux quand on se promène, c’est le manque d’unité. Chacun semble faire ce qu’il lui plait.

Plus tard, dans la cour de la maison Pollak, on ajouta un kiosque, une structure en bois, où il fut possible de vendre du thé, – décidément ! – et de la glace. Au premier étage, la première pension de Tel Aviv. Le deuxième étage de la maison hébergea la bibliothèque Shaar Zion fondée en 1886 à Jaffa. C’était pratique, juste en face de la Gymnasia. Elle déménagera bien plus tard dans Beth Ariela à côté du Musée de Tel Aviv. Des livres et du thé, comme un monde presque parfait !

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La rue Elhanan à Tel Aviv

 

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Relation intime entre un palmier et un bougainvillée

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#shalomcollection sur Instagram

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Premier coup de pioche sur la Gymnasia Herzliya à Tel Aviv

Lire la marche précédente : La rue HaYarkon : De la tour de l’Opéra à Gordon

Lire la marche suivante : La rue Bograshov

Tel Aviv, En marchant, en écrivant : Marche n°28

Distance parcourue : 500 mètres

Date :  7 novembre 2014, 14 Heshvan

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