Poème en partage: L’avenue de Yaël Globerman

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Yaël Globerman est une poétesse israélienne que j’ai découvert grâce à Esther Orner et son anthologie « Chacune a un nom » édité aux Éditions Caractères. Ce poème avait aussi été repris dans le Continuum n°6 consacré à Tel Aviv. Il m’émeut particulièrement.

L ‘AVENUE 

Dans l’avenue du Roi David de vieux partisans

s’étalent sur des bancs comme des bougies tordues

ils s’éteignent dans les bras de jeunes philippines

leur racontant en polonais des choses

que de toute leur vie ils n’ont pas raconté à leurs enfants. 

A deux pas d’ici, mon père

se tait chez lui parmi les photos de ma mère.

Son silence s’épaissit comme le verre d’une bouteille

que le temps a bouché. Si elle se brise, il  se brisera avec  elle

d’ici dix ans un tramway passera par là

des rails de fer se reposeront le long de l’avenue

comme une rangée de déambulateurs renversés sur la nouvelle pelouse.

Je marche sur une ligne brisée

Cracovie Tel Aviv Manille. 

Quelque chose de plus fort que la nostalgie s’accroche à moi, guide mes pas

vers un banc de bois comme une navette spatiale :

un vieux monsieur parle, une jolie femme tout près.

Je viens je m’assois entre eux comme une enfant. 

Il raconte, elle lève les yeux vers moi,

je comprends ses paroles à lui.

Je peux sentir ses cheveux à elle.

Les distances qu’auparavant je rêvais de traverser

font maintenant partie de l’absolu.

Trois étrangers sont assis sur un banc

comme dans une station. L’avenue galope devant nos  yeux

s’en va, comme nous, sans bouger. 


©Yaël Globerman

Traduction: Esther Orner


     

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