Feux de joie et coupe de cheveux pour Lag Ba’Omer

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Pour Lag Baomer en Israël, les enfants font des feux de joie. Ils ramassent des semaines à l’avance tout ce qui est susceptible de brûler, cachent leur butins dans des endroits secrets, ils allument d’immenses feux de joie et retrouvent cet émerveillement ancestral devant le feu tout en mangeant des marshmallows (de la guimauve) grillés.

L’une des nouvelles de mon livre Bouquet de Coriandre s’intitule Le Trente-troisième jour et fait référence à Lag Ba’Omer.
En voici quelques extraits:
…Elle était prête à abandonner quand elle se rendit compte qu’ils se trouvaient dans le temps du Omer. Les quarante-neuf jours entre la sortie d’Egypte et le don la Torah dans le désert, le temps entre la libération physique du peuple et sa libération spirituelle, sa libération véritable, sont comptés. Sept semaines de préparation et de purification morales. Une algèbre spirituelle. A l’origine, la période du Omer devait être la plus joyeuse de l’année mais, par le passé, des épidémies terribles avaient endeuillé ces journées et depuis, il était interdit, à cette époque de l’année, de se marier, de faire la fête, d’aller au spectacle, de se couper les cheveux, de se raser.
…pendant le Omer, il y avait le trente-troisième jour du Omer, trêve dans le deuil où les réjouissances étaient permises, où il était possible de se marier, de faire la fête, d’aller au spectacle, de se couper les cheveux, de se raser.
Ce jour-là, d’après la tradition, la Manne, semblable à des graines de coriandre, se mit à tomber dans le désert. N’était-ce pas à ce moment-là, l’année de ses trois ans que le cousin coiffeur lui avait coupé les cheveux pour la première fois? La femme du Président se souvenait très bien de cette coupe de cheveux. Toute la famille et le cousin coiffeur avaient été invités. Elle avait préparé des gâteaux et des confitures. Le fils du Président avait été installé sur des coussins empilés les uns sur les autres dans le fauteuil habituellement réservé au Président. Elle avait sorti une serviette qui avait fait partie du trousseau de sa mère avec ses initiales brodées à la main. Le cousin avait mouillé les cheveux de l’enfant avec un vaporisateur semblable à celui qu’elle utilisait pour dépoussiérer et faire briller les feuilles de son caoutchouc. Il avait élagué les longs cheveux blonds trop raides et trop fins et avait transformé son bébé en petit garçon, sous le regard ému mais fier du Président tandis qu’une vieille tante que l’on avait surnommé la tante de poche à cause de sa petite taille chantait la chanson traditionnelle de la coupe de cheveux. Elle avait gardé quelques mèches blondes entre deux pages d’un vieux cahier. Les cheveux de son fils qu’elle avait mis de côté lors de la seconde coupe de cheveux traditionnelle avant la bar-mitsva, étaient plus épais et plus foncés.
(…)
Sa résistance était vaincue, le trente-troisième jour du Omer lui parut une date propice, c’était un jour faste qui était aussi le jour de commémoration de la mort du grand Rabbin, Sage et Saint qui avait rédigé le Livre de la Splendeur, une occasion pour des festivités et des pèlerinages sur la tombe de tous les Saints et où traditionnellement on coupait les cheveux pour la première fois aux garçons de trois ans.
Avant leur arrivée en métropole, toute sa famille, ses parents, ses oncles et ses tantes, ses nombreux cousins faisaient un pèlerinage dans la montagne sur la tombe du Saint de leur région. Elle se souvenait de la route et de ses tournants en épingle qui lui donnaient la nausée. Les odeurs de mouton grillé mêlées aux effluves des cerisiers en fleurs. Son père déposait du sucre sur la tombe du Saint, elle devait le lécher. Les guêpes qui voltigeaient autour d’elle et qui semblaient être prêtes à se poser sur sa langue la terrorisaient mais, comme chaque année, son père lui assurait que ces guêpes-là ne piquaient pas. Et, en effet, elle n’avait jamais été piquée.

©Rachel Samoul