Jean-Claude Grumberg, La plus précieuse des marchandises

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Une note de lecture d’Esther Orner sur « La plus précieuse des marchandises – Un Conte » un livre de Jean-Claude Grumberg publié dans La librairie du XXIe siècle chez Seuil

En commandant ce livre, je savais que je plongerais dans la Shoah, mais puisque c’est un Conte, peut-être que ça passerait mieux. D’ailleurs le livre commence comme tous les contes par « Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bucheron. Non non non non, rassurez-vous, ce n’est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants, Faute de pouvoir les nourrir ? Allons… »

Un conte, me suis-je demandée, malgré son Il était une fois.  Quel conte ? Un conte grinçant ? Je suis allée voir les définitions sur mon Petit Robert en ligne :

1. Vieux – récits de faits réels. Histoire.

2. (V 1200) court récit de faits, d’aventures imaginaires, destiné à distraire.

Distraire ? Non. Le conte de Grumberg échappe et n’échappe pas aux définitions. Il mêle l’histoire avec sa grande Hache et l’imaginaire. Non, il ne distrait pas. Grinçant par son humour malgré tout.

 Après avoir déroulé devant nous l’histoire  de la pauvre bûcheronne qui a recueilli un enfant juif lancé d’un train « de marchandises » (d’ici le titre du livre La plus précieuse des marchandises) et en affirmant  à la fin que tout avait été inventé bien que des faits en partie nous prouvent le contraire, le narrateur tente dans son épilogue de sauver son récit qui nous a fait trembler par cette phrase plutôt optimiste « La seule chose qui mérite d’exister dans les histoires comme dans la vie vraie. L’Amour, l’amour offert aux enfants, aux siens comme à ceux des autres. L’amour qui fait que malgré tout ce qui existe, et tout ce qui n’existe pas, l’amour qui fait que la vie continue ».

Le livre sort à un moment où il est bon de se rappeler ce que fut la Seconde guerre mondiale et sa Shoah. Ainsi au beau milieu du conte vraisemblable ou pas l’auteur consacre une page qu’il faudrait répéter et coller sur les murs « Les jours succédèrent aux jours, les trains aux trains. Dans leurs wagons plombés, agonisait l’humanité. Et l’humanité faisait semblant de l’ignorer. (…) Ils passèrent et repassèrent, nuit et jour, jour et nuit dans l’indifférence générale. Nul n’entendit les cris des convoyés, les sanglots des mères se mêlant aux râles des vieillard, aux prières des crédules, aux gémissements et autres cris de terreur des enfants déjà livrés au gaz. » 

©Esther Orner