Continuum : Dada, Le Fruit permis

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La revue Continuum – revue de l’Association des écrivains israéliens d’expression française – fait entendre depuis 2002 la voix des écrivains israéliens francophones, mais aussi des écrivains israéliens de langue hébraïque ou arabe, en traduction, ainsi que des auteurs français en traduction hébraïque. La revue est présente chaque année au Salon de la revue à Paris, étant distribuée à Paris, ainsi qu’à Tel Aviv et à Jérusalem.

Kef Israël est heureuse d’héberger la revue en ligne. Ce sont Marlena Braester et Esther Orner, deux des fondatrices de la revue, qui vont animer Continuum sur Kef Israël.

Dada, Le Fruit permis ou Comment naît le (non-)sens, le 13e numéro de Continuum, la revue des Ecrivains Israéliens de langue française a célébré le centenaire du Mouvement Dada.

Et voici l’éditorial :

Le centenaire du mouvement Dada que l’on célèbre cette année est – au-delà d’une nouvelle perspective qui s’offre du haut du XXIème siècle – l’occasion de scruter l’état de l’esprit poétique contemporain. Repenser l’essence d’un courant si transgressif, si radical dans son nihilisme systématique, si déstabilisant – puisque sur un terrain déstabilisé -, signifie pour le lecteur d’aujourd’hui capter et restituer l’insolence d’un dire forgé dans le cynisme sous toutes ses formes, la violence d’un langage acéré, mais aussi l’érosion voulue du langage. Cela implique en même temps une réflexion sur une symétrie possible entre deux débuts de siècles : tout en repérant des éléments Dada profonds, peut-on en déceler des formes renouvelées dans l’écriture d’un nouveau début de siècle ?

Le malaise et l’inhumanité d’une époque avec les réactions spécifiques semblent se répercuter dans ceux d’une autre; les formes de distortion adoptées dans l’art du XXe siècle ont – devant les nouveaux effondrements et les nouvelles formes de guerre – une résonance surprenante dans celles du XXIe siècle : les « ré-actions » créatives, l’époque et le décor sont dissemblants et semblables à la fois. Ironie et dérision, défiguration-refiguration sont, dans ces contextes, des termes forts caractérisant des moyens d’expression d’une subtilité extrême.

Mettre le feu aux mots, les provoquer, voilà le sens du titre Le Fruit Permis emprunté à Tristan Tzara, dont l’éclat de rire rageusement corrosif se fait entendre aujourd’hui ici et là, dans tel ou tel poème écrit par des poètes contemporains ; et dont l’esprit est présent ici même, dans les textes que nous publions: dans L’homme app app de Sylvestre Clancier, avec ses jeux phonétiques  – autant d’allusions si actuelles à nos plus récents moyens technologiques, comme dans le poème de Guilad Méiri ; dans les textes de Serge Ritman et d’Antoine Simon, où des séquences de poésie sont incorporées dans un texte en prose, brisant les frontières tout comme dans les manifestes Dada ; dans les collages des poètes-artistes plastiques Colette Leinman et Ronny Someck.

Avec Antoine Simon, on est aussi en pleine « poésie-performance », comme avec Serge Pey et sa « poésie d’action », ou bien avec Claudio Pozzani, qui nous font penser aux poèmes « phonétiques », ou bien aux poèmes ‘bruitistes », ou encore aux poèmes « simultanés » que l’on récitait au Cabaret Voltaire en 1916. Les poèmes gravés sur des bâtons par Serge Pey ne nous rappellent-ils pas les bois gravés par Marcel Janco ou par Jean Arp ? L’art et la poésie qui se servent aujourd’hui du numérique – tels que Noa Sahkargy nous les présente dans son texte et Eran Hadas par son poème – ne nous rappellent-ils pas, entre autres, l’art d’Arthur Segal ?

L’hommage à Tristan Tzara par Jean-Luc Despax est un poème où scintillent l’ironie caustique, la projection caricaturale : c’est, en effet, une troublante « promenade à cru sur la vraie dialectique« ;  et les dialogues avec Tristan Tzara imaginés par Raphaël Jérusalmy ou par Rebecca Wengrow nous font réfléchir à cet homme qui, avec quelques amis, avait déclenché tant de fureur et de désordre, tant de déviations des contenus artistiques – du chaos plaqué sur du chaos.

Les textes choisis pour ce numéro de Continuum appartiennent donc à des auteurs dont l’œuvre est traversée par ce geste radical de défi, d’engagement contre répercuté avec tant d’intensité; ces textes  – prose, poésie, ou théâtre  – sont précédés de plusieurs articles qui nous proposent un regard approfondi sur l’époque et sur le mouvement lui-même.

Une contribution spéciale mérite d’être remarquée : celle de Michaëla Mende-Janco, la petite fille de Marcel Janco – l’un des fondateurs du mouvement Dada ; dans un entretien riche et émouvant, elle nous parle de son grand-père et des embranchements de son parcours, du Musée Janco-Dada du village d’artistes Ein-Hod, de son propre parcours artistique et nous offre avec générosité des documents inédits appartenant à son grand-père. Voilà donc que l’on retrouve en Israël les traces des racines du mouvement Dada.

La seconde partie de ce numéro est consacrée – comme d’habitude – à un écrivain israélien : cette fois nous avons choisi l’écrivain Shmuel Thierry Meyer, afin de présenter  la complexité de son œuvre riche et diverse : romans, nouvelles, poésie, tous imprégnés d’une grande sensibilité teintée d’un humour implacable.Des témoignages, des textes critiques viennent compléter le beau texte inédit offert par l’auteur à la revue, ainsi que le riche entretien avec l’écrivaine Esther Orner où surgissent des aspects différents de l’homme et de l’œuvre, de l’homme dans son œuvre.

Marlena Braester

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Pour plus de renseignements sur la revue, contacter Marlena Braester : braester@bezeqint.net