Le manteau de Proust, Histoire d’une obsession littéraire

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Le manteau de Proust, Histoire d’une obsession littéraire de Lorenza Foschini,

traduit de l’italien par Danièle Valin, Editions La Table Ronde.

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Dans le cadre du Billet de l’Invitée, l’écrivaine israélienne de langue française Esther Orner nous livre une délicieuse note de lecture.

Je connaissais les histoires concernant le fameux gros manteau doublé de loutre. J’avais lu la biographie de Painter qui a disparu depuis longtemps de ma bibliothèque mais je ne savais pas que ce manteau eut un destin presque comparable aux manuscrits qu’il fallut sauver des ayant droits, presque toujours abusifs.
Le manteau de Proust, l’histoire que nous raconte Lorenza Foschini m’a tenue en haleine une grande partie de la nuit du vendredi au samedi. Puis je l’ai relue dans la journée nourrissant ainsi mon obsession proustienne.
C’est aussi l’histoire d’un sacré personnage, Jacques Guérin, grand collectionneur et proustien qui se superpose à celle de Proust. C’est « par le hasard des rencontres » auquel je ne souscris pas que Guérin deviendra son plus grand collectionneur jusqu’à sauver les vilains meubles de la chambre où le chef d’oeuvre s’écrivit de la casse et le manteau des eaux. Robert Proust fut appelé d’urgence au près du jeune Guérin qui vivra jusqu’à l’âge de cent ans. A la suite de l’opération d’une appendicite il ira selon l’usage régler le Docteur Proust qui habite au 2 de l’avenue Hoche. Les manuscrits avec leurs paperoles, mot que l’écrivaine n’utilise pas ou que la traductrice traduit par d’autres mots, sont étalés devant lui. C’était en 1929, sept ans après la mort de Marcel Proust. Les inédits sont en cours de publication avec toutes les difficultés que l’on connaît dû à Robert Proust qui ne collabore pas toujours avec les éditeurs.
La femme de Robert Proust déteste notre cher Marcel. Par son homosexualité, il salit le nom de la famille et non pas Adrien Proust, amant de la mère de Marthe Dubois-Amiot et son mari Robert qui suivit le chemin de son père. Cette hypocrisie faisait partie des mœurs bourgeois de l’époque. Après la mort de Robert Proust, elle commença à brûler avec « son homme à tout faire » la « paperassouille » de Proust.
Sans Guérin,  grand industriel et parfumeur, un nez pas seulement pour les parfums, tant de choses auraient disparu à jamais. Madame Marthe Dubois-Amiot ne veut plus rien à voir avec le nom de Proust. Il est suggéré que c’est à cause des « tromperies », or il s’avérera qu’elle non plus n’était pas une oie blanche.
J’oserai faire part une fois de plus de ma paranoïa. Le côté juif de la famille devait la révulser. Pourtant, les deux frères ont été baptisés et son mariage a eu lieu à l’église. Mais, quand on pense à la cérémonie où le beau-frère Marcel Proust fait la quête emmitouflé s’excusant près de chacun qu’il est malade et la belle-mère Jeanne Proust-Weill qui arrive en ambulance, il y a de quoi perdre son humour d’ailleurs la mariée ne devait pas en posséder.

Le manteau de Proust est un bijou de 132 pages apporté de Paris par l’amie Edith Touati. Et dire que je ne connaissais pas l’existence de ce petit livre savoureux.

Extrait de « Memories 3 » ou « Mémoires d’une paresseuse »

©Esther Orner