La gare de Malines

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Le dimanche 11 septembre  2011, c’est la 4ème journée internationale contre le terrorisme et c’est aussi le 55ème pélerinage à la caserne Dossin à Malines, le lieu de rassemblement avant la déportation vers Auschwitz des Juifs de Belgique. En hommage, je vous propose dans ma rubrique Poème en partage, ce poème écrit en hébreu par Noah Stern (1912-1960).

La gare de Malines

Ainsi te verrai-je toujours Malines:

Des rangées de lampadaires dans la brume

(lumière blafarde tombée d’entonnoirs renversés),

L’air figé par le gel, trouble, froid –

Ainsi te verrai-je.

 

Ainsi te virent alors les Juifs,

Se tenant debout sur le ciment froid,

Entassés, silencieux dans le pénombre,

Au bord du gouffre.

 

Voici qu’apparaît la locomotive

Et son oeil frontal de cauchemar,

Vert sombre – qui se lève comme une lune,

Comme une idole.

 

Qui mènera-t-elle jusqu’au bout de son chemin,

Qui au tourment,

S’éternisant jusqu’à la folie,

Se dissolvant dans le néant.

 

Ainsi te verrai-je toujours Malines,

A l »abri de la cathédrale,

Vide comme un hôptal,

Comme un cimetière.

 

Je te verrai à l’ombre des yeux

Tristes et sombres de mon frère –

Des yeux et un portrait,

Que tu n’as pas le droit de voir.

 

Et tu demeures silencieuse, Malines, Malines,

Toute nette dans ta propreté –

 

Et le crime demeure en toi à tout jamais,

Ainsi que le péché qui colle à ta peau, à tout jamais.

 

Crois-tu que tu sois oublié,

Malines – complètement, que tout soit dissipé, totalement?

Non, même lorsqu’il s’est tu, dans son dernier silence, un

canon

Peut réveiller le sang de tes victimes.

(Traduction de Y. Mandel)

 

Paru dans l‘Anthologie de la poésie en hébreu moderne (Gallimard, 2001), un livre que je vous recommande