16, Boulevard Rothschild, le Hall de l’Indépendance

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16, Boulevard Rothschild, le Hall de l’Indépendance

Le Boulevard Rothschild est une artère essentielle à la vie de Tel Aviv, maisons de style éclectique, architecture Bauhaus, tours en construction, bons restaurants, beaux arbres, pistes cyclables, plaines de jeux, galeries et bars à la mode.

Devant le n° 16 du boulevard se dresse une statue d’un homme en chapeau et à cheval, le premier maire de Tel Aviv, Meir Dizengoff.

Le 16 est un bâtiment d’allure spartiate qui ne fait pas grande impression. Le 11 avril 1909, la parcelle n°43 parmi les terrains tirés au sort entre les 66 familles fondatrices de Tel Aviv, à l’époque nommée Ahuzat Bait, échoit à Meir Dizengoff et à sa femme Zina. Ils y construisent leur maison, un seul étage et un toit de tuiles rouges. Le maire  y recevra de nombreuses personnalités dont Churchill en 1921. En 1930, à la mort de Zina, il décide de léguer sa maison et sa collection de peintures pour en faire le premier musée d’Art de Tel Aviv. L’architecte Carl Rubin lui donne un style Bauhaus épuré et ajoute un étage à la maison d’origine où Dizengoff habitera jusqu’à sa mort en 1936. Dans le musée se trouvait aussi le Consulat de Belgique, le maire de Tel Aviv portant le titre de consul honoraire de Belgique.

Le vendredi 14 mai 1948, le 5 Iyar 5708, entre 16 heures et 16 heures trente-deux, le destin de cette maison va basculer.

Le 12 mai 1948, Ben Gourion et les membres du Conseil national décident de déclarer l’indépendance de l’Etat au moment où le Mandat britannique sur la Palestine prendrait fin, le 14 mai 1948 à minuit. Le 14 mai est un vendredi et à minuit, ce sera shabbat. L’heure de la déclaration est donc fixée à 16 heures, juste avant l’entrée du shabbat, huit heures avant la fin officielle du Mandat.

Impossible de déclarer l’Indépendance à Jérusalem car dès le lendemain de l’approbation du Plan de la Palestine, le 29 novembre 1947 par l’ONU, la guerre avait commencé et la ville était assiégée. A Tel Aviv, le tout nouveau bâtiment du théâtre HaBima, inauguré en1946, alors la salle publique la plus spacieuse de la ville avait d’abord été pressenti. Pour des raisons de sécurité dont la peur d’être bombardé, c’est le Musée de Tel Aviv, plus discret qui sera choisi.

350 invités reçoivent leur invitation remise en mains propres par un messager seulement un jour avant la cérémonie. Il est précisé que c’est une réunion secrète et qu’une tenue de cérémonie est exigée. A 16 heures, une foule importante est massée sur le boulevard Rothschild et trois signataires, représentant le mouvement du kibboutz, ne portent pas de cravate !

Dans la salle principale, on a installé des chaises (elles proviennent des cafés alentours) et une estrade. Les murs sont décorés par les oeuvres du Musée. Un portrait d’Herzl est épinglé sur un tissu bleu, encadré par deux futurs drapeaux de l’Etat d’Israël.

A 16 heures précises, Ben Gourion tape trois coups de marteau et déclare la séance ouverte. Le parchemin officiel n’étant pas prêt, c’est à partir de simples feuilles dactylographiées que Ben Gourion lit le texte puis signe la déclaration.

Après la signature des membres du Conseil provisoire, le Rabbin Fishman-Maimon récite la prière de Shechiyehanu et la salle entonne l’Hatiqva.

La cérémonie a duré exactement 32 minutes.

Après cet événement historique, la maison redeviendra le musée d’art de Tel Aviv jusqu’en 1971 quand il déménage à son emplacement actuel.

En 1978, le bâtiment prend le nom de « Hall de l’Indépendance ». On peut y entendre, in situ, la voix de Ben Gourion lisant une partie de la Déclaration d’Indépendance, la bénédiction du rabbin, les applaudissements nourris et l’Hatiqva entonnée par le public de l’époque et reprise en cœur par les touristes d’aujourd’hui. Une visite très émouvante.

Cet article est paru dans Contact J, le le mensuel d’expression du judaïsme belge du mois de mai 2010

     
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