Kyriat HaMelacha, de l’artisanat à l’art

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Kyriat Hamelacha dans le Sud de Tel Aviv est un quartier délimité par la rue Shoken à l’Ouest, Derech Kibboutz Galouyot au Sud, Sderot Har Zion à l’Est et la rue HaAmal au Nord.

Rues HaMeretz, HaMifal, HaTnoufa, des noms de rues qui mettent en évidence le rôle productif de cet endroit puisqu’il s’agit de l’Energie, d’Industrie et d’Elan.

Nous faisons d’abord le tour du cadre en commençant par la rue Zalman Shoken du nom d’un Juif qui avait fait fortune avec une chaîne de grands magasins en Allemagne, fondateur des éditions Shoken, il était très proche de Gershom Sholem et d’Agnon dont il sera le mécène avant même son arrivée en Palestine en 1934. Il rachètera en 1936 le journal Haaretz dont la rédaction se trouve aujourd’hui dans cette même rue.

Kiryat Hamelacha, ce sont quatre rangées de trois bâtiments identiques édifiées dans les années 1960 dans la pure architecture brutaliste, sans concessions, à la gloire du béton et du principe de répétition. C’est cru et brut, presque minéral. Construit à l’époque pour la petite industrie et les ateliers d’artisans : tapissiers, menuisiers, tailleurs… des beaux espaces, des ascenseurs/monte-charges, une rampe pour les camions afin de faciliter le chargement et le déchargement des marchandises. Trois architectes à l’origine de ce complexe : Itshak Rapoport, Asher Gleiberman et Zvi Frankel qui fut diplômé de la première promotion du Département d’Architecture du Technion à Haïfa qui avait ouvert ses portes en 1925 .

La personalité d’Yitshak Rappoport est fascinante, il a construit la maison de style Bauhaus qui sert aujourd’hui de résidence à l’Ambassadeur de France dans des conditions rocambolesques. Homme de parole, il a défendu les intérêts du propriétaire arabe de la maison. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il s’est engagé et est devenu officier dans le Corps of Royal Engineers de la Huitième Armée britannique sous les ordres du Maréchal Montgomery. Dans ce cadre, il a été responsable de la construction des fortifications d’El Alamein. Quelle émotion quand je lis qu’il a contribué à sauver les mosaïques de Ravenne suite à un inondation en 1944 ! Je n’ai jamais vu les mosaïques de Ravenne mais j’ai imaginé que le personnage principal de mon manuscrit La Dernière Mosaïque y a travaillé, que c’est lui Hanina, originaire de Beth Alfa en Galilée qui a fait le portrait en mosaïque de l’Empereur Justinien et de l’impératrice Théodora.

Ces promenades deviennent labyrinthiques si en m’attachant à dépeindre des barres que certains trouveront hideuses dans un quartier encore assez glauque de Tel Aviv, je me retrouve à Ravenne !

Enfin ce quartier est en pleine mutation, puisque des artistes y ont établi leur studio (Gal Weinstein, Zoya Cherkassky, Nahum Tevet…) et des galeries d’art les ont suivis (Rosenfeld Gallery, Feinberg Projects,  Benyamini Contemporary Ceramics Center …) faisant de lui un nouveau pôle de la scène de l’art contemporain de Tel Aviv. A ce titre, j’y accompagne souvent ma fille Sarah Peguine qui se sert de moi comme cobaye (extrêmement consentante) dans la préparation de ses visites guidées. Je la suis et j’ai du mal à retrouver l’emplacement des galeries puisque les trois longues rangées de barres semblent aux premiers abords clonées. Il existe des passages, des raccourcis, reliant les rues les unes aux autres et c’est souvent là que se cachent des fresques des meilleurs graffeurs de la ville. Un beau message de Klone se décline sur chaque étage d’un bâtiment, NON SENSE, des graffitis d’Untay, de Dede, de Zivink, de Sarah B.

C’est un endroit qui prend une allure différente suivant les moments. En semaine, il est presque impossible de se garer sauf dans le parking sous-terrain ; la nuit, c’est le domaine de transactions illicites en tous genres et quand vous vous promenez, ne regardez pas à terre car il y a des traces peu ragoûtantes des activités de la nuit ; le week-end, peu ou pas de voitures et le quartier révèle alors l’harmonie de ses lignes dépouillées ou sa laideur brute de décoffrage.

Si vous grimpez aux étages, à la découverte d’une galerie d’art,  vous verrez enfin un peu de végétation et si vous tournez la tête à droite et à gauche, vous découvrirez soit de belles perspectives sur les nouvelles tours de Tel Aviv, soit comme une carte postale, le clocher de l’Eglise de l’apôtre Pierre et de Tabitha-la-Juste

Installez-vous à Ala Rampa, un très agréable petit café, au mobilier éclectique, tables et chaises en formica. L’antithése des bâtiments de Kyriat HaMelacha, à l’architecture sérielle succède le dépareillé. Je vous conseille la polenta aux champignons et artichauts, une version populaire de la polenta du restaurant Machneyuda à Jérusalem.

Je repars avec l’image d’un tag au pochoir,  le visage de la merveilleuse actrice et réalisatrice, Ronit Elkabetz où il est inscrit un extrait d’un article qu’elle avait écrit à l’occasion de la Journée des Droits des Femmes, peu avant de mourir :

בלי פחד. בלי חרטה. לדעת שבכוחך להעצים את העולם

Sans peur. Sans regret. Savoir que tu as la force d’enchanter le monde.

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Photo Sarah Peguine

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Photo Sarah Peguine

 

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Voir aussi  5 graffiti à Kyriat HaMelacha, au Sud de Tel Aviv

Tel Aviv, En marchant, en écrivant : Marche n°45

Date :   23 juillet 2016, 17  Tamouz 5776

Pour lire toutes les marches du projet Tel Aviv, en marchant, en écrivant