Le neuvième jour du mois d’av

WhatsAppEmailPrintPartagez

Je  vous propose un extrait de mon manuscrit La Dernre mosque, toujours en quête d’éditeur. Avis aux amateurs!

La Dernière Mosaïque retrace la vie de Hanina, un mosaïste juif né en Palestine au VIème siècle et qui, grâce à son art, va connaître un destin exceptionnel. Hanina a vraiment existé, il a signé la mosaïque de la synagogue de Bet-Alfa en Galilée mais à part cette signature, on ne connaît rien de lui. 

 

IMG_1188

 

Dans la synagogue de Beth-Alpha, mon père avait prévu pour le panneau le plus proche du mur dirigé vers Jérusalem, d’esquisser l’Arche d’Alliance, des objets sacrés du Temple et des objets rituels. Nous n’avions plus de Temple, il avait été détruit, brûlé, saccagé, et ses ruines nous étaient interdites sous peine de mort sauf le jour anniversaire de sa destruction, le neuvième jour du mois d’Av, et encore seulement pour certains privilégiés qui avaient pu obtenir des autorités un laissez-passer exceptionnel. Le neuvième jour du mois d’Av, jour maudit entre tous, date anniversaire de la destruction du Premier Temple de Jérusalem par les Babyloniens, du Second Temple par les Romains et de la chute de Betar qui avait mis fin à la révolte de Bar-Kokhba mais ce jour, le neuvième jour du mois d’Av, serait aussi le jour de la naissance du Messie. Et, chaque maison de prières que nous construisions dans chaque ville, chaque village, chaque hameau était une pierre de ce Temple. C’est ce que mon père Marianos me répétait comme une litanie, c’est ce qu’il voulait souligner en consacrant le panneau supérieur de sa mosaïque au Saint des Saints. Plus tard, l’empereur Justinien dans son impatience à nous anéantir interdirait la construction de nouvelles synagogues, une façon de détruire à nouveau le Temple. Rien d’étonnant de la part d’un empereur qui ne dormait jamais ; s’il ne dormait pas, il ne rêvait pas non plus et il n’avait pas le loisir d’être visité par des anges. Et puis le Temple serait reconstruit, avec toute ma naïveté d’enfant, j’en étais sûr et ce que nous dessinions ce n’était pas le passé mais le futur.