Beth El ou la Maison de Dieu par Chochana Boukhobza

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Suite au pillage de la synagogue de Sfax en Tunisie et cela après la Révolution du Jasmin, l’écrivain Chochana Boukhobza a écrit ce texte. Elle m’a donné l’autorisation de le reprendre dans le cadre de mon Billet de l’invité(e).

Monsieur le Gouverneur de Sfax,

Nous sommes nés la même année, à quelques mois près.

Si la vie avait joué ses cartes autrement, nous aurions pu nous connaître, faire nos études dans la même fac, nous rencontrer dans la rue et qui sait ? manger un couscous ensemble et déguster un thé vert assis à la même table, dans la lumière d’un jour d’été.

Il n’empêche, Monsieur le gouverneur Ali Jendoubi.

Même loin de Sfax, je suis encore de Sfax, et j’en appelle à vous et à votre justice.

La synagogue de mon grand-père a été vandalisée. Les coupables seront-ils poursuivis ?

Si vous ne dites rien, ils se sentiront encouragés à recommencer ailleurs. Et moi, je ne veux pas que cela recommence. Je ne veux pas que l’on médise de la Tunisie. Je ne veux pas que cette révolution dont j’écoute la voix depuis son premier jour, qui m’a mis au coeur une émotion puissante, soit souillée par des actes de violence aussi absurdes qu’inutiles.

Je suis fille de Sfax. Les miens y sont nés. Sept générations. C’est peu et en même temps énorme.

Et cela crée des liens. Entre vous et moi. Entre nos deux peuples. Pour tous ces gâteaux donnés et rendus pour célébrer nos fêtes, pour toutes ses salutations amicales que nous nous sommes adressés entre voisins durant des centaines d’années.

Nous ne sommes pas amis sur Facebook, hélas. Mais je crois au bouche à oreille qui fait sortir les gens de leurs maisons et créer la révolution.

Je sais que ma prière vous parviendra.

Dites un mot pour nous qui portons notre identité tunisienne, là où nous vivons.

Et que nos livres nous soient rendus!!

Chochana Boukhobza