Comment vit-on avec des enfants sous les missiles?

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Texte écrit en la mémoire de Irit Shitrit, z”l, sœur d’une amie et maman de 4 enfants, décédée à un arrêt de bus par un missile lancé depuis la bande de Gaza le 29 décembre 2009.

– « Bonjour, Stephanie, comment tu vas ? Je sais que tu es occupée avec tes enfants à la maison, mais pourrais-tu m’écrire un billet sur ce que vous vivez à Ashdod ces derniers jours ? »

– « Effectivement, je suis très occupée et j’imagine que tu le veux rapidement ».

– « Tu comprends, il est bon que mes lecteurs réalisent ce que vous vivez ».

– « Ok, je vais essayer de l’écrire ce soir ».

Quelques minutes après avoir raccroché avec « ma blogueuse préférée » d’Israël, la sirène retentie sur Ashdod, cette terrible sirène qui sonne normalement deux fois par an pour commémorer nos morts. Mais, aujourd’hui, elle vient maintenant nous annoncer qu’un missile va s’écraser sur nos maisons et risque de prendre nos vies. Nous avons 40 petites secondes pour rentrer dans la pièce sécurisée de nos appartements (le miklat en hébreu), fermer les portes blindées, les volets sécurisés et attendre, attendre pour entendre ce bruit sourd.

J’attrape mon fils de deux ans, Noah, et je dis à mes trois autres enfants de vite courir dans le miklat. Je sais, mon mari me dit que ce n’est pas la peine de courir, de paniquer devant les enfants. Mais je ne peux m’empêcher : j’ai peur.

« Maman, Pôlice ! Patout !», dit Noah l’air effrayé. Et oui, tu n’as jamais entendu ce bruit, toi, à part dans mon ventre il y a deux ans lorsque nous avions déjà vécu un mois d’enfer avec des missiles tous les jours.

Et c’est bel et bien reparti ! On a l’impression que ce que nous vivons n’est pas réel tant c’est terrible.

Elior, 7 ans, pose des questions très techniques sur comment l’armée sait qu’un missile approche sur nos villes. Mia, 6 ans, se demande si le missile peut détruire la pièce où l’on est, Yoela, 4 ans, aime voir toute la famille réunit dans le miklat en train de se cacher, quant à Noah, je vous l’ai dit, il veut sortir pour aller voir les policiers partout. Moi, je tremble, mais j’essaye de ne pas le montrer à mes enfants, alors nous jouons. J’ai fait en sorte que le miklat soit leur chambre à coucher, cela permet de ne pas les réveiller la nuit quand il y a des missiles, cela les rassure et moi aussi. 10 minutes sont passées où nous avons beaucoup parlé pour expliquer au mieux une situation si difficile pour nous, alors pour des enfants ! Nous ressortons, chacun va à ses activités du moment comme si rien ne s’est passé. Il faut oublier, mais en même temps, je sais que c’est en eux : les cauchemars, les jeux où ils répètent ces situations de frayeur.

Nous avions déjà vécu cette terrible routine il y a deux ans. Certains me disent que durant ces moments d’angoisse et d’attente, ils tournent en rond et ne peuvent rien faire. Moi, c’est vrai que je ne veux pas sortir de chez moi, que j’ai tendance à me scotcher à mon ordinateur et à mon téléphone, mais je me force à m’arrêter et à m’occuper de mes enfants. Nous faisons « l’école à la maison » pendant deux heures, des activités, des gâteaux. Le stress, la peur, l’attente se mélangent à la fatigue des nuits peu sereines et à des jours d’enfermement… Tant qu’on ne le vit pas, on ne peut pas vraiment comprendre…et chacun vit ces moments différemment. Il y a celles qui sortent emmener leurs enfants au cours de piano (mes amis se reconnaîtront), celles qui partent à Eilat, celles qui vont dormir dans un appartement vide à Tel Aviv, celles qui s’enferment dans la pièce sécurisé, celles qui portent leur enfants dans la cage d’escaliers en plein nuit parce qu’elles n’ont pas de miklat, celles qui disent qu’elles vont bientôt partir en France ou encore que seul D.ieu décide de nous.

Les rues d’Ashdod se sont vidées depuis le premier missile mardi, les écoles seront fermées jusqu’à dimanche. A mon avis, la situation ne va pas changer d’ici là et je me prépare pour de longs jours avec mes enfants à la maison, à moins qu’Israël intervienne à Gaza. Mais, là encore, ma blogueuse préférée m’avait demandé de parler de ma vie en Ashdod depuis ces quelques jours et non de politique. Je m’arrête donc là en lui disant que la prochaine fois qu’elle me demande un billet, j’aimerais bien qu’il soit sur un kif d’Israël.

©Stéphanie Share

     

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