Le combat de la troisième génération

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Cette année, Yom HaShoah en Israël débute le dimanche 11 avril à la tombée de la nuit et se termine le lundi 12 avril au soir. Le 12 avril à 10 heures, une sirène retentira pendant deux minutes et les Israéliens se souviendront.

Dans le cadre de ma rubrique Le Billet de l’invité, j’accueille Stephanie Courouble Share, historienne française et israélienne, spécialiste du négationnisme, chercheur associé à l’Institut Stephen Roth, Centre pour l’Etude de  l’Antisémitisme et du Racisme contemporain de l’Université de Tel Aviv.

Yom Hashoah est le jour où Israël commémore les 6 millions de Juifs victimes de la Shoah. C’est un jour où nous devons nous souvenir de nos parents, nos grands-parents, des membres de notre famille et de notre peuple qui ont péri dans cette tragédie ou qui sont revenus, traumatisés à vie laissant aux générations suivantes le soin de panser les plaies.

Issue de la troisième génération, ce traumatisme, je l’ai apprivoisé, dompté et évacué par un combat pour défendre la mémoire des victimes et des rescapés de la Shoah. Un combat contre ceux qui veulent la détruire, un combat contre ceux qui affirment que les déportés ont exagéré, ont menti. Je veux parler des négationnistes.

Le terme « négationnisme » a été crée en 1987 par H. Rousso dans son livre Le Syndrome de Vichy1. Il s’agit d’un discours qui nie l’existence du génocide des Juifs perpétré par les Nazis durant la Seconde Guerre mondiale. Les adeptes de ces propos, les négationnistes, nient la réalité des chambres à gaz dans les camps d’extermination. Ils affirment que la « solution finale » n’est que l’expulsion des Juifs en direction de l’Est européen, que les chiffres des victimes juives seraient moindres et que l’Allemagne hitlérienne ne serait pas responsable de ce mensonge organisé par les Alliés, les Juifs et tout particulièrement par Israël. Pour ce faire, ils nient, dissimulent, détournent, falsifient les documents historiques qui prouvent la réalité d’un crime organisé et planifié à l’échelle de tout un peuple. Les négationnistes s’accordent pour affirmer que le génocide des Juifs serait un seul et même « mensonge ».

Historienne française et israélienne, spécialiste du négationnisme, je suis chercheur associé à l’Institut Stephen Roth, Centre pour l’Etude de  l’Antisémitisme et du Racisme contemporain de l’Université de Tel Aviv.

En novembre 2008, j’ai soutenu ma thèse de doctorat en histoire contemporaine à l’Université Paris 7- Denis Diderot, « Le négationnisme et son émergence dans l’espace public. Analyse comparative : France, Angleterre, Allemagne et États-Unis (1946-1981) » sous la direction de Pierre Vidal-Naquet et Marie-Claire Hoock-Demarle.

Tout a débuté lorsqu’en 1993, à 22 ans, je rencontre mon maître, Pierre Vidal-Naquet. Je commence à travailler sur le négationnisme et les réactions médiatiques en France. Puis, je pars et j’étudie le négationnisme en Allemagne, en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada. J’accumule les documents pris dans les centres d’archives sur le sujet pour écrire ma thèse en France, en Israël, et la finir en 2008 (Vous me direz, j’en ai mis du temps ? Et bien oui, entre temps, il fallait bien vivre, alors j’enseignais. Et puis, je me suis mariée et j’ai eu 4 enfants. La vie ne peut pas attendre…).

Je travaille maintenant à la publication d’un livre sur le négationnisme international dans l’espace public, Analyse comparative : France, Angleterre, Allemagne, Canada et États-Unis (1946-2000)

Il est important de comprendre qu’en cinquante ans, le négationnisme est devenue une idéologie liant antisémitisme et antisionisme, regroupant des auteurs d’extrême droite, néo-nazis et d’ultra-gauche, voire des membres de l’organisation juive antisioniste, Neturei Karta. Le négationnisme est prospère sur Internet avec des sites bien faits, des forums de discussion importants, il est parvenu à marquer sa présence dans les réseaux sociaux tels que Facebook.

Le négationnisme a souvent réussi dans les médias à ce que la question de l’existence du génocide des Juifs devienne un enjeu quasi- légitime. Enfin, le phénomène se trouve-t-il être à plusieurs reprises un enjeu politique, enjeu qui s’est intensifié par le fait que l’évocation du négationnisme entraîne celle du génocide des Juifs, et également celle d’Israël et du judaïsme, entités unies historiquement, symboliquement et religieusement.

Faut-il réagir ? Dès le moment où un article libre de R. Faurisson est publié dans Le Monde le 29 décembre 1978, la question ne se pose même plus. Comment les pays ont-ils réagi selon les enjeux du moment ? Quelle est la réaction la plus appropriée ? C’est tout l’objet de mon livre et je n’ai pas assez de lignes ici pour vous répondre. Un indice pour vous faire patienter : la meilleur solution est d’éduquer, de publier, d’intensifier les recherches et de commémorer au mieux sur le génocide des Juifs.

Stéphanie peut être contactée à l’adresse suivante : share.stephanie@gmail.com.