Une tragédie israélienne

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Cet article est paru dans Contact J, le mensuel du judaïsme belge d'octobre 2009

Assaf Ramon avait 21 ans.  Il était pilote. Depuis deux mois. Il venait de terminer brillamment, avec distinction, le très prestigieux et difficile cours de pilote. A la cérémonie de clôture du cours, c’est le président de l’Etat Shimon Peres qui lui avait remis ses ailes, les insignes de l’armée de l’Air. Sa mère, ses deux frères, sa soeur et des centaines d’amis de la famille étaient venus se réjouir avec lui. Ils portaient tous fièrement des T-Shirts où il était inscrit :

I love Assaf

Pour qu’Assaf puisse devenir pilote, sa mère Rona avait dû lui en donner l’autorisation en signant une décharge à l’armée. Si l’un des membres d’une famille est mort, l’armée israélienne n’autorise pas les autres membres à servir dans des unités combattantes, sauf si les mères signent une dérogation. Comment résister à la pression d’un enfant qui veut prendre le chemin de son père ? Comment ne pas signer ? Comment signer ?

Le père d’Assaf était un héros israélien, le premier astronaute israélien. Une fierté immense pour sa famille et le pays tout entier.

Ilan Ramon est resté seize jours dans l’espace avec les six autres astronautes de la navette Columbia.

Ilan Ramon avait pris avec lui dans l’espace une copie d’un dessin de Petr Gintz, un jeune Juif tchèque, mort à 16 ans à Auschwitz, représentant la Terre vue de la lune. La mère et la grand-mère d‘Ilan étaient revenues d’Auschwitz.

Ilan avait l’impression qu’avec lui, c’était tout le peuple juif qui partait dans l’espace. Aussi prit-il conseil auprès d’un rabbin pour savoir comment respecter le shabbat dans l’espace. Le cycle jour/nuit dans l’espace est de 90 minutes, une semaine dans les étoiles dure 10 heures et demie. Le Shabbat devrait donc être respecté chaque demie-journée. Une autorité rabbinique avait statué qu’Ilan Ramon devait garder le Shabbat d’après les heures de son lieu de départ- Cape Canaveral.

Dans ses bagages vers le ciel, il avait aussi amené un CD de son chanteur préféré Arik Einstein avec une chanson qui disait : Je flotte dans les nuages.

Avant de devenir le premier astronaute israélien, Ilan Ramon était déjà un héros, il était le plus jeune des huit pilotes qui avaient participé à l’opération Opéra. Il avait bombardé le réacteur nucléaire Osirak, construit par la France,  en Irak en 1981.  Il avait alors 27 ans.

En février 2003,  à son retour vers la terre, la navette Columbia a explosé dans le ciel du Texas.

Ilan Ramon laissait sa femme Rona, trois fils, Assaf âgé alors de 15 ans, Tal et Iftah et une fille Noah.

Le 13 septembre 2009 alors qu’Israël se préparait à célébrer une nouvelle année, Assaf Ramon s’est écrasé à bord d’un F16 lors d’un entrainement.

Il sera enterré près de son père dans le cimetière du village de Nahalal dans la vallée de Jezréel, à la place que sa mère s’était réservée près de son mari.

Le pays est littéralement en choc. La tragédie de Rona Ramon et de ses enfants est celle de tout Israël. Une tragédie israélienne. Encore une.

©Rachel Samoul