Le Musée du Design de Holon, signé Ron Arad

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Cet article est paru dans l’Arche, le magazine du judaïsme français, de mars 2010

Le Musée du Design de Holon, signé Ron Arad

Le Design Museum Holon, le premier musée du Design en Israël vient d’ouvrir ses portes. Un Musée du Design créé par un architecte qui est avant tout un designer.  Un cadeau d’anniversaire pour les 60 ans de la ville de Holon où 2010 sera bien entendu l’année du Design.

Le maire de Holon, Motti Sasson, pour faire d’une ville-dortoir à la périphérie de Tel Aviv une ville touristique, a misé sur les enfants et la culture. Le musée des Enfants, le musée de la Bande dessinée et de la Caricature, des parcs à thème, des festivals, une bibliothèque et une médiathèque imposante et maintenant le musée du Design. Il a demandé à Ron Arad un bâtiment qu’on puisse mettre sur un timbre. Autrement dit, un bâtiment qui deviendrait une icône et il espère que le DMH, le Design Museum Holon va faire pour Holon ce que le Guggenheim de Frank Gehry a fait pour Bilbao.

©Photo Sarah Van Parijs

Holon a choisi pour ce pari, Ron Arad, une star internationale du design qui a eu droit en 2009 à une rétrospective au Centre Pompidou à Paris, au Moma à New York et en 2010 au Barbican Center à Londres. Ron Arad mêle les mondes de l’art, du design et de la technologie. La rétrospective du Centre Pompidou s’intitulait d’ailleurs No Discipline. Ron Arad crée des objets pour Alessi et Moroso, développe sa propre ligne de meubles souvent en édition limitée. Sa chaise Tom Vac pour Vitra ou son étagère Bookworm pour Kartell sont des objets-culte. Sa somptueuse Lolita, un chandelier pour Swarovski, mélange de cristaux et de diodes qui peut recevoir des textos, est aussi belle que révolutionnaire.

Ron Arad est Israélien. Il est né à Tel Aviv en 1951, a étudié à Betsalel, l’école des Beaux-Arts et Arts appliqués de Jérusalem mais il est basé à Londres. Bien qu’ayant conçu le foyer de l’Opéra de Tel Aviv, Ron Arad n’est pas aussi connu en Israël qu’à l’étranger parce qu’il souffre d’homonymie. Ron Arad pour les Israéliens, ce n’est pas un designer mais un pilote tombé dans les mains du Hezbollah en 1982.

Le bâtiment est une réussite. Sculpture tout autant que musée. C’est une ellipse faite de cinq rubans de Corten, cet acier qui se patine avec le temps grâce à une corrosion naturelle, aux couleurs chaudes, se déclinant de l’orange au brun, aux couleurs du sable des dunes sur lesquelles s’est implantée Holon – Holon est un dérivé du mot  חול sable en hébreu. On y retrouve le motif du ruban ondulé, la signature de Ron Arad.

 

Les volutes d’acier de Ron Arad n’obéissent pas aux forces de la gravité. Elles sont légères et fluides. Elles enveloppent le musée, se courbent, ondulent, se rejoignent pour mieux se séparer, créent un patio ombragé ouvert et fermé à la fois, permettent de voir le ciel, bleu ou étoilé, tout en soutenant deux salles d’exposition.

Les cinq bandes de Corten qui mesurent en tout un kilomètre, ont été créées à Bergame en Italie, coupées en segment de 14 mètres, pour pouvoir entrer dans un conteneur et faire le voyage de Bergame à Holon. Trois tonnes d’acier ont ainsi transitées par bateau puis ont été ajustées à Holon et au final, c’est tombé juste! Le mariage entre l’acier italien et le béton israélien a fonctionné. Ron Arad parle de petit miracle.

Les rubans d’acier ne sont pas un simple maquillage, ils soutiennent le musée.  Il n’y a aucun pilier porteur dans le bâtiment. L’enveloppe n’est donc pas seulement décorative, elle est la structure.

Le Corten résiste à la corrosion atmosphérique grâce la formation d’une couche auto-protectrice d’oxydes de quelques microns. Il a été imprégné d’huiles spéciales à base de pigments qui sont entrés dans la matière et qui, avec le temps, vont migrer vers l’extérieur. La patine va donc évoluer et le bâtiment va devenir de plus en plus sombre pour dans cinquante ans prendre une couleur chocolat. Ron Arad aime cette idée de vieillissement de la matière, visible, subordonné au Temps. Pas de botox pour son Musée du Design.

Les deux espaces d’exposition sont rectangulaires et neutres: une grande galerie de 500 m2 bénéficie de la lumière naturelle dont l’intensité est régulée grâce à un système développé par le kibboutz Dan et utilisé généralement dans les serres ainsi qu’une petite galerie plus intime de 250m2. Une volonté affichée de simplicité  pour ne pas entrer en compétition avec les objets exposés, pour que l’écrin, au moins à l’intérieur, ne vole pas la vedette au bijou.

Ron Arad continuera son aventure israélienne avec une salle de concert à Eilat. Le Musée a ouvert officiellement ses portes le 4 mars avec une exposition nommée The State of things, Design and the 21st century, 100 objets créés par des designers internationaux.

©Rachel Samoul

Voir une vidéo de l’inauguration du Musée du Design