Identité sexuelle, ponctualité et hébreu

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Dans ma rubrique Le billet de l’invité(e), j’ai le plaisir d’accueillir Fabienne Bergmann, traductrice

Sur l’identité sexuelle, la ponctualité et la difficulté d’apprendre l’hébreu

Une étude psychologique faite sur des enfants élevés dans différentes langues montre que les enfants qui grandissent dans une langue où il existe une différentiation entre masculin et féminin font plus tôt que ceux élevés dans une langue où celle-ci n’existe pas, la distinction entre les sexes.

Par ailleurs, les enfants grandissant dans une langue où il existe plusieurs temps pour désigner le passé ou le futur sont plus précoces dans l’acquisition de la notion de temps que ceux grandissant dans une langue où ce genre de nuance n’existe pas.

En anglais l’adjectif est invariable, quelque soit le genre du nom qu’il accompagne et la deuxième personne du pronom personnel reste invariablement « you ». La conjugaison des temps, par contre, comporte de nombreuses variantes. La ponctualité serait-elle une caractéristique des Britanniques, due à leur langue?  Le français qui, d’une part, comporte onze temps différents pour exprimer le passé et deux pour le futur et qui, d’autre part, accorde l’adjectif en genre et en nombre au nom qu’il qualifie semblerait prédisposer ses locuteurs à la ponctualité et à la courtoisie. Par contre, l’hébreu ignore ingénument les subtilités du passé simple et composé, du futur antérieur et se passe fort bien du plus-que-parfait du subjonctif. D’où peut-être le manque d’exactitude qui caractérise tant d’Israéliens… Avez-vous déjà été à un mariage, en Israël, qui commença à l’heure dite ? Avez-vous fait l’expérience de délais de livraison non respectés ?

Rue Yaffo à Jérusalem

Une bonne traduction n’est jamais du mot à mot ! Traduire demande bien plus qu’une connaissance des langues. Savoir rendre tout ce qui dans un texte offre une résistance, les particularités de la langue, ses idiotismes et ses subtilités de syntaxe est une gageure exigeante, mais c’est là le défi de la traduction. J’ajouterai que traduire de l’hébreu ou vers l’hébreu, comme je le fais, est non seulement un travail de médiation – comme c’est le cas pour toutes les langues – mais s’y ajoute la vocation même de la langue hébraïque, celle de passeur, qui est la signification du mot עברי] Ivri].

©Fabienne Bergmann