Comment dit-on coccinelle en hébreu ?

WhatsAppEmailPrintPartagez

En me promenant dans Florentine, j’ai photographié un beau graffiti de coccinelle, un insecte que j’aime beaucoup. C’est un coléoptère plutôt petit et assez esthétique avec sa couleur rouge et ses points noirs, son équivalent botanique serait le coquelicot ! De plus, c’est un agent de lutte biologique, très utile pour se débarrasser des pucerons sur vos plantes.

En hébreu, on l’appelle : פרת משה רבנו, la vache de notre maître Moïse, et cela m’a toujours amusée ! En français, on la surnomme la bête à Bon Dieu. En anglais, c’est une Ladybird ou Ladybug, en allemand Marienkäfer, le coléoptère de Marie.  En russe, c’est la vache de Dieu et en espagnol, la vaca de San Anton.   En arabe, on lui donne le nom de Oum Soliman, la mère de Salomon. Je me demande d’où lui vient ces associations religieuses et spirituelles.

D’où vient le nom de la Coccinelle en hébreu ?

Le nom de la coccinelle en hébreu פרת משה רבנו, – en phonétique : parat Moshé Rabénou – serait une traduction du yiddish, de  משה־רַבֵּנוס־קיִעלע, en phonétique Moshé Rabenos kiala,  la jeune vache ou velle de Moïse notre maître, ou de משה־רַבֵּנוס־בְּהֵמהלע, dans ce cas lapetite bête du même Moïse. J’en déduis qu’il n’y a pas de trace du mot coccinelle dans la Bible. Le vocable en yiddish se situe dans le même registre que ses noms dans les langues européennes. On attribue a la coccinelle l’apanage de l’humilité, vertu représentée dans le judaïsme par Moise.

Son nom savant en hébreu est מושית השבע, mochit hasheva, l’équivalent de son nom scientifique Coccinella septempunctata, la coccinelle à sept pointset elle fait partie de la famille des coléoptères. On rencontre l’expression פרת משה רבנו, la vache à Moïse notre maître, en hébreu pour la première fois en 1868, chez Mendele Moïkher Sforim,  Mendele le Marchand de livres, l’un des fondateurs de la littérature hébraïque moderne.

En yiddish, on trouve aussi l’expression : משה־רַבֵּנוס־פערדעלע, le petit cheval de Moïse notre maître, et c’est d’après cette expression que Chaïm Nahman Bialik nomme la coccinelle en hébreu בן־סוסו של משה רבנו, ben sousso shel Moishe Rabbenou 

(Source en hébreu par Reuven Mirkin)

Coccinelle, un mot d’argot en hébreu

Mais en hébreu, le mot coccinelle קוקסינל a aussi une autre signification. C’est une façon péjorative et insultante de parler des transsexuels, un mot français passé dans l’argot israélien. Dans les années 60, Jacqueline Charlotte Dufresnoy (1931-2006) – née Jacques Charles Dufresnoy -, s’est produite à Tel Aviv, dans le night-club Adria, dans le passage Hod à Dizengoff. Son nom de scène était Coccinelle,  parce qu’elle apparaissait, vêtue d’une cape écarlate (en latin, coccinus) avec des points noirs. Elle a été la première française à subir une opération, une « rectification » comme elle aimait le dire pour changer de sexe. Meneuse de revue, elle fera une carrière internationale.  Depuis 2017, elle a une rue à Paris à son nom :  la Promenade Coccinelle à Pigalle, sur le terre-plein central du boulevard de Clichy, la première rue en hommage à une transgenre  en Europe.

Coccinelle, le surnom d’une voiture 

En français, la Coccinelle est aussi le nom de « la voiture du peuple » de Volkswagen, mais en hébreu ce n’est pas une coccinelle mais une חיפושית, un simple coléoptère. Cela aurait été de mauvais goût de faire une référence à Moïse pour qualifier la voiture emblématique du régime nazi.  Petite digression, un journaliste hollandais a publié un livre en 2012 où il affirme que la Coccinelle aurait été conçue par un ingénieur juif, Josef Ganz.

Parat Moshei Rabenou, une chanson pour les enfants écrite par Ephraim Sidon :
Où une coccinelle proteste contre son nom qui est trop long, alors qu’elle est trop petite, un nom qui ne lui convient pas parce qu’on croit qu’elle est une vache !

Une poésie de Robert Desnos
Et c’est pour moi en français un souvenir d’enfance, une poésie que je connais encore,  parce qu’apprise par coeur à l’école après avoir été écrite dans le joli cahier de poésie :
La Coccinelle de Robert DESNOS

Dans une rose à Bagatelle
Naquit un jour la coccinelle.
Dans une rose de Provins
Elle compta jusqu’à cent-vingt.
Dans une rose à Mogador
Elle a vécu en Thermidor.
Dans une rose à Jéricho
Elle évita le sirocco.
Dans une rose en Picardie
Elle a trouvé son paradis :
Coccinelle à sept points,
Bête à bon Dieu, bête à bon point.

Une occasion de rendre un hommage au poète et résistant, Robert Desnos, mort du typhus, à l’âge de 45 ans, le 8 juin 1945 au camp de concentration de Theresienstadt, en Tchécoslovaquie, un mois après la libération du camp par les Russes.

Un graffiti à Tel Aviv

Après tous ces tours et détours, voici le graffiti photographié rue Abarbanel dans le quartier de Florentine à Tel Aviv.