Rue Florentine, avenue Washington et rue Abarbanel

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La lecture du livre de Caroline Rozenholc, Le quartier de Florentine, un ailleurs dans la ville m’a donné envie de marcher dans ces rues, cet « entre-deux » entre Tel Aviv et Jaffa. Je commence ma promenade rue Herzl au coin de Derech Yaffo-Tel Aviv. Là où en 1949 a été installé le premier feu de circulation du pays ! Je prends la rue Herzl vers le sud, une rue très vivante, surtout le matin, connue pour ces magasins de meubles. Ici, les bâtiments se touchent tandis qu’au centre de Tel Aviv, chaque bâtiment est entouré d’un espace avec des jardinets.  Au n°72 et au n°74, deux très belles maisons jumelles de 1925 édifiées par l’architecte Joseph Berlin. Le même architecte à l’origine des maisons jumelles de la rue Mazeh. Je croise un graffiti monumental de Dede et de Nitzan Mintz, une poète visuelle qui met en scène la langue hébraïque sur les murs de Tel Aviv.

Je tourne à droite dans la rue Florentine, dans la rue David Florentine, d’après le nom d’un sioniste convaincu qui a oeuvré pour l’immigration juive de Salonique vers la Palestine. Tout le quartier, fondé en 1927, l’année de naissance de mon père, s’appelle Florentine non pas d’après David mais d’après Shlomo Florentine, un entrepreneur qui construisit le quartier avec David Abarbanel.  Sur les murs d’un café, un collage de Murielle Street art de 2015, avec des hiéroglyphes et un slogan : We are slaves to the machines we build for ourselves, Nous sommes esclaves des machines que nous construisons pour nous. Plus loin une pompe d’essence très poétique, d’abord parce qu’il est de plus en plus rare d’en croiser en ville et parce qu’elle est très bucolique, abritée sous des bougainvilliers aux fleurs blanches et fuchsia et à l’ombre d’un palmier. J’arrive rue HaAliyah juste en face du bâtiment brutaliste de l’école Bialik-Rogozin, une école qui accueille des enfants originaires de cinquante pays différents, dont la vocation sociale et humanitaire est un exemple et dont les élèves obtiennent des résultats scolaires supérieurs à la moyenne nationale. Je rebrousse chemin sur la rue Florentine,  tout en changeant de trottoir. La rue offre une belle perspective de balcons en décroché. Je rencontre l’artiste Vera Vladimirsky  qui habite dans le quartier. J’aime beaucoup son travail que m’a fait connaître ma fille Sarah.  Je dépasse le City Cafe très fréquenté.  Florentine est un quartier qui balance entre décrépitude et renouveau.  Beaucoup de moteurs d’air conditionné installés n’importe où sur les façades gouttent directement sur la tête des passants.

Je tourne à droite dans l’avenue Washington,  une zone piétonne avec kiosques et ficus. Du street art plus ou moins réussi, des déjections de chauves-souris sur les façades – elles raffolent des fruits des ficus -, des filles aux cheveux bleus ou rouges, des jeunes très tatoués. Georges Washington dans une réponse à une lettre de Moses Seixas de la communauté juive de Newport, la plus ancienne communauté juive d’Amérique où se trouve la plus ancienne synagogue américaine en activité, la synagogue Touro, puisqu’elle date de 1658, écrivait en 1790 : Que les enfants de la lignée d’Abraham qui demeurent dans ce pays continuent à bénéficier de la bonne volonté des autres habitants tandis que chacun d’entre eux s’assoira en toute sécurité sous son arbre de vin et de figues et que personne ne puisse l’inquiéter. Que le père de toutes les bontés répande de la lumière et non de l’obscurité sur nos chemins. Il méritait bien une rue à son nom à Tel Aviv. Encore une pensée pour mon père, nous avions été ensemble à Newport lorsque mon fils Dan avait reçu son diplôme à Boston. Qu’il était fier !

Arrivée rue Salamé,  je reviens sur mes pas pour reprendre la rue Florentine.  Je tourne à gauche dans la rue Abrabanel. Nous faisons un saut dans l’Espagne du XVe siècle car bizarrement la rue Abrabanel n’est pas au nom de l’entrepreneur à l’origine du quartier mais de Don Isaac Abrabanel, ce lettré et financier qui essaya de persuader, sans succès, les Rois très catholiques, Isabelle Ire de Castille et Ferdinand II d’Aragon de ne pas chasser les Juifs d’Espagne.

Beaucoup de graffiti et notamment une coccinelle qui embellit des façades presque en ruines. Cette partie de Florentine oscille entre le bidonville et la favéla – une grande partie est vouée à la démolition et va sûrement laisser la place à de nouvelles tours – et en effet, à côté de la toute petite synagogue Ahavat Hessed, un café au nom de Favela.

Le rabbin Yedidia Frenkel, arrivé de Pologne en 1935, devint le rabbin du quartier Florentine et fut fort apprécié par toutes les communautés. La synagogue Ahavat Hessed, Amour miséricordieux, fut construite pour lui par la famille Buchman qui habitait juste en face. Une plaque commémorative sur le mur de la maison met en valeur le souvenir de l’activité philantropique de la famille Buchman. Le Rav Frenkel y pria plus de quarante ans jusqu’en 1973, jusqu’au moment il fut nommé Grand Rabbin de Tel Aviv. A la sortie de Simhat Torah en 1942, le rabbin Frenkel a inauguré la tradition des Hakafot Shniot pour les Juifs de la Diaspora alors que les nouvelles d’Europe étaient désastreuses. Les rouleaux de la Torah furent sortis de la synagogue et on dansa dans la rue. Avec les années, cette tradition s’est imposée dans tout Israël. A Tel Aviv, elles se déroulent sur la place Rabin.

Me voilà rue Eilat, de l’autre côté de la rue, c’est Neve Tsedek, un quartier avec une toute autre atmosphère.

©Rachel Samoul

 

Lire aussi Entre Florentine et Neve Tsedek

Lire la marche précédente :

Tel Aviv, En marchant, en écrivant : Marche n°53

Date :   26 septembre 2018, 17 Tichri 5778

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La synagogue Ahavat Hessed, Amour miséricordieux