Un Dolphinarium à l’abandon

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Je ne vais pas très loin.  Je vais me promener vers le Dolphinarium, en français on dit delphinarium. Enfin, ce n’est plus un del ou dolphinarium depuis longtemps. C’est un éléphant blanc, une épave de béton en bord de mer, un obstacle sur la promenade de Tel Aviv, jouxtant le parc Charles Clore. Construit en 1981, avec un bassin pour les dauphins et un pour les lions de mer, il ne fonctionna que quelques années avant de fermer ses portes. Depuis, entre ouvertures et fermetures de boites de nuit, il est à l’abandon.

Je passe devant la stèle avec vingt-et-un noms en russe et en hébreu. Des bouquets fanés, déposés là sûrement le jour de Yom HaZikaron. Le 1er juin 2001, pendant la Seconde Intifada, un terroriste palestinien s’est fait sauter dans la file d’attente parmi de jeunes adolescents qui voulaient aller danser au Pacha. Vingt-et-un jeunes sont morts et cent vingt ont été blessés, pour la plupart des nouveaux immigrants russes.

Dans le parking, des jeunes font du skate, à défaut de surf, devant les locaux du club Galim, le spécialiste de la vague.

Je continue la promenade en bifurquant à droite. Il y a une belle perspective vers la mer entre le vert du gazon et les lignes des ombrières. Depuis peu, un artiste urbain a donné un coup de jeunesse au monstre abandonné à ma droite. Dede, connu pour ses graffiti de pansements, vient de lui refaire une beauté : une bouche prête à mordre ou à sourire…

L’accès à la mer derrière le Dolphinarium est désormais possible. (Deux jours après avoir écrit ces lignes, je veux emprunter ce même chemin mais un grillage empêche l’accès. Mes promenades sont des instantanés. Ce qui est vrai un jour à Tel Aviv ne l’est plus le lendemain.)  Je reprends donc la direction Nord près des rochers. Cinq jeunes femmes voilées regardent la mer. Des bruits de tam-tam de plus en plus forts. Tous les vendredis après-midi jusqu’au coucher du soleil, des percussionnistes et des tambourineurs en tous genres se retrouvent pour battre la mesure ensemble alors que d’autres dansent. Lourde odeur de fumée et d’alcool. Je regarde les graffiti rongés par le sel de mer dont un de Broken Fingaz et décide de traverser Herbert Samuel pour poursuivre vers le carré tracé par la rue Hayarkon, la rue Carmelit et par la rue HaCovshim et la rue Hanania. De très beaux palmiers. C’est là que devrait être construit le projet immobilier du Dolphinarium finalisé en décembre 2014. Le propriétaire rendra à la municipalité de Tel Aviv le terrain du Dolphinarium et en échange, il recevra les terrains sis dans cet espace où il construira deux nouvelles tours dont un hôtel. Carré d’as ! Le complexe sur la mer sera démoli, l’espace redeviendra public. Le projet est très controversé. Mais voilà au début de l’année 2015, le terrain a changé de propriétaire et a été vendu pour deux cent millions de shekels. L’avenir est donc toujours incertain. Et je me dis que peut-être, s’il est détruit un jour, je le regretterai. J’aime que Tel Aviv ne soit pas lisse mais composite, et que malgré les rénovations successives, le sel de la mer soit toujours là pour s’attaquer aux bâtiments, pour mordre le béton et rouiller les armatures métalliques, pour nous dire que tout passe.

A model of the Dolphinarium, 1979. (Ran Arda)

La maquette du Dolphinarium, 1979 (Ran Arda)

 

vue aérienne dolphinarium

The crumbling Dolphinarium, 2015. (Sasha Eidelman and Griffin Aerial Photography)

 

 

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Lire la marche précédente : A la recherche de Brouria dans Nahalat Itshaak

Lire la marche suivante :  Rues Lord Byron, Jean Jaurès, Emile Zola

Tel Aviv, En marchant, en écrivant : Marche n°37

Distance parcourue : 1 kilomètres 800

Date :   9 mai 2015, 20 Iyar 5775, 34e jour du Omer

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