Le service coronavirus de l’Hôpital Laniado à Netanya, entretien avec Lydia Lanxner

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Lydia Lanxner est la directrice des soins intensifs respiratoires à l’Hôpital Laniado de Netanya. Elle est aussi responsable de l’organisation du plan d’urgence (Disaster management) de l’hôpital. Il y a 10 ans, j’avais visité l’hôpital Laniado et je l’avais interviewée.  Vu ses fonctions, Lydia s’est retrouvée au coeur de la tourmente coronavirus et elle a bien voulu me parler de son expérience. Cette fois-ci, l’interview s’est fait par Whatsapp.

Lydia Lanxner porte le haut-parleur

Lydia Lanxner porte le haut-parleur

Elle parle de son ressenti :

Le temps n’existe plus. Quand on rentre dans une salle où se trouvent des malades atteints par le coronavirus, engoncés dans nos équipements de protection, comme des scaphandriers, on a l’impression de rentrer dans un monde irréel, face à un ennemi invisible, d’être dans un aquarium, dans une bulle hors du temps. Au début, on était aussi pris au dépourvu par les ravages provoqués par le COVID-19 car cette maladie ne ressemble à rien de connu, ça ne ressemble ni à la grippe, ni à la pneumonie et elle cause des ravages terribles, les reins, le foie, le coeur…

Je lui demande si elle a peur :

Au début, il y avait la peur d’être infectée, l’appréhension de ne pas savoir enfiler le matériel de protection correctement. Et puis, on apprend mais alors le danger c’est de se relâcher et de faire moins attention. Je veille à ce que que les consignes données avant d’entrer et de sortir de l’unité soient bien respectées.

Le plus difficile psychologiquement, c’est de faire face à l’isolement des malades et de leurs familles. Les malades ne voient que des personnes harnachées qui semblent venir d’une autre planète. Comment les apaiser, leur venir en aide ? Un groupe de soldats d’une unité d’élite technologique de l’armée israélienne a développé des outils permettant de rester en contact avec les patients de la salle de contrôle. Grâce à des oreillettes, on peut leur lire à distance des poèmes, leur faire écouter de la musique que les famille leur envoient. Même si les malades ne sont pas en mesure de réagir, leur parler est essentiel.  Je me suis sentie investie d’une grande responsabilité quand je savais que les paroles que j’allais dire seraient sans doute les dernières qu’ils allaient entendre.  Ces derniers temps, nous permettons à un membre de la famille, qui a au préalable reçu le support d’une assistante sociale, de rentrer dans l’unité.

Elle me raconte que :

Dés 2017, il y avait eu des exercices de simulation avec l’armée pour envisager l’organisation nécessaire des hôpitaux en cas d’attaque biologique.  Cette simulation a trouvé les hôpitaux israéliens mieux préparés pour la pandémie du coronavirus. Par exemple, des bâtiments de l’hôpital Laniado dont le système d’aération est totalement autonome avaient déjà été organisés pour abriter des malades contagieux. Différents scénarios avaient été étudiés, et les infrastructures de l’hôpital avaient été adaptées. Ainsi, il y avait une réserve suffisante d’équipement de protection individuelle, tabliers, surblouses, combinaisons, masques,  lunettes de protection, visières de protection en plexiglass, et même respirateurs,  pour permettre aux soignants de fonctionner avant que les équipements achetés à l’étranger n’arrivent.

Elle me parle des partenariats de l’hôpital :

  • avec Rafael pour que des caméras vérifient les moniteurs et les respirateurs avec un système réalisé par l’intelligence artificielle.
  • D’autre part, des soldats du commandement du front intérieur, Pikoud Haoref, apportent une aide logistique au personnel de l’hôpital

Lydia a 66 ans. Quand elle rentre à la maison, elle pratique la distanciation sociale même avec son mari et bien sûr, elle n’a pas vu ses enfants ni ses petits-enfants depuis le début de la crise. Elle a travaillé plus de 10 heures par jour sans sentir la fatigue tant elle avait conscience de l’urgence de la situation. Pour le moment, le taux d’adrénaline est encore trop élevé et aucun membre de son équipe dit avoir besoin d’une aide psychologique. Cela viendra plus tard quand la tension sera retombée. Elle tient à remercier tous ceux qui ont soutenu le personnel hospitalier en envoyant chaque jour des fleurs, du vin, du chocolat….

  • L’hôpital a accueilli plus de 35 malades. Aujourd’hui, le 30 avril 2020,  il reste 18 malades dont 7 sont sous respirateurs.

Pour  faire un don à l’hôpital Laniado

 

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