Le nouveau film de Rama Burshtein

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Retrouvons avec plaisir  la chronique Cinéma israélien de Brigitte C.

Laavor et HaKir – Through the Wall –  A travers le mur

Film de Rama Burshtein

Oct. 2016   – 110 minutes

Michal Drimer, 32 ans, est l’héroïne impertinente du deuxième long métrage de Rama Burshtein, cinéaste orthodoxe (son premier film  ‘Le coeur a ses raisons‘ a été abondamment primé).  Drimer comme le nom de jeune fille de la cinéaste et Drimer, entendez ‘dreamer’, celle qui rêve.  Car Michal, 32 ans donc, venue à la religion douze ans plus tôt et vivant au sein de la communauté Breslev (Le rabbin de Ouman) a un rêve : celui de se marier. Voilà des années qu’elle va de chidouch en chidouch (de rencontre arrangée en rencontre arrangée) sans succès. Alors qu’elle est sur le point de voir son rêve se réaliser, le futur marié lui fait faux bond. La date du mariage a été fixée à la huitième bougie de Hanoucca, et devrait avoir lieu dans un mois exactement, à compter du jour où l’ex-futur marié s’est désisté. Michal refuse de se laisser aller au désespoir et fait le pari fou qu’un homme se présentera à la date prévue et l’épousera.  Les jours passent, Michal  se prête au jeu de nouvelles rencontres organisées par la marieuse, des rencontres sans fard, car le temps presse. Rien ne s’est dénoué, que va-t-il se passer maintenant quand Michal en robe de mariée entourée de son amie, sa sœur et sa mère, veut encore y croire…

Laavor et HaKir‘ de Rama Burshtein est un film totalement déroutant. Pendant la projection, on suit une comédie romantique dans un milieu religieux orthodoxe,  ce qui en soi est déjà surprenant, dans un milieu de khozrim betchouva,  à travers une héroïne non conventionnelle et libre, qui est en quête. Et les spectateurs ne peuvent que la suivre dans son chemin en craignant pour elle et en espérant avec Michal. Quête du bonheur mais aussi quête de Vérité, car derrière cette comédie, ses rebondissements et le ton vif des dialogues, le film nous parle de l’épreuve de la foi.   

Michal est magnifiquement interprétée par Noa Koler, qui a reçu au festival de Haïfa en octobre 2016 le prix de la meilleure actrice, dont le visage transmet chaque émotion comme à ciel ouvert. Elle est entourée d’acteurs excellents et Rama Burshtein a un talent bien personnel, et comme son héroïne, pas conventionnel. Elle est elle-même khozeret betchouva, une juive laïque revenue à la religion, vit à Tel-Aviv dans une des rues les plus branchées et met les stéréotypes dans sa poche.

Pour finir, un commentaire d’humeur et de genre sur un film fait par une femme sur une femme : toutes les critiques que j’ai pu parcourir ont été écrites par des hommes qui de façon très politiquement correcte fustigent le fait que Michal ‘à notre époque’ voit dans le mariage un aboutissement. Dans une des premières scènes saisissantes, Michal explique à la marieuse son entêtement à vouloir se marier : elle souffre de sa solitude, elle veut aimer et partager et avoir des enfants.  Bizarre, non ?

Brigitte C.