DocAviv, l’embarras du choix

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Les dilemmes de Brigitte C. notre chroniqueuse cinéma israélien pendant le Festival Docaviv

Le Festival International de Tel-Aviv du Film Documentaire aura lieu du 7 au 16 mai 2015. C’est sa dix-septième édition.   J’ouvre la newsletter de la cinémathèque et je vois comme dans un kaléidoscope, comme un carrousel qui tourne si vite qu’on ne perçoit que des taches de couleur. Alors comment faire pour choisir parmi une telle profusion ? Dès le premier jour, mon cœur balance entre  Edward Snowden dans ‘Citizenfour’ qui a remporté le premier prix au festival de Lucarno et Dalia Rabikovitch (poétesse israélienne) dans  ‘Poupée Mécanique’, titre tiré d’un de ses poèmes mis en musique. Car peu importe, international ou local, chaque titre attire et fait envie. Et pourquoi ne pas donner une chance à ‘B-Movie : son et passion à Berlin-ouest 1979-1989‘ qui raconte  le rendez-vous le plus fou, le plus créatif des musiciens du monde entier à cette époque ? Ou s’envoler avec ‘Mousson‘, qui engendre et détruit l’Inde ?  Et je n’en suis qu’au premier soir.

Et puis il y a un autre dilemme, crucial et même moral, puisqu’on ne peut pas tout voir et qu’on est contraint  de choisir donc de renoncer  :  préférer l’évasion ou  le témoignage ? Souffrir ou se faire plaisir ? Quel que soit le film, même quand il est dur,  l’espoir, la dignité ou la consolation sont au rendez-vous dans ‘Homme less‘ (pour homeless)  dans ‘Shores of light‘ qui raconte l’accueil chaleureux au sud de l’Italie fait aux rescapés de la Shoah ou dans ‘Look of silence‘, sur la rencontre entre un Indonésien et les assassins de son frère.  Rester chez soi et privilégier les films israéliens (treize), sans compter les (très) courts métrages d’étudiants, qui défileront en chapelet l’un derrière l’autre ?  Ou s’ouvrir au monde via la pellicule ? Ou voir le seul film francophone, si je ne me trompe, Au crépuscule d’une vie qui a été retenu.

Quatre-vingt- dix-sept films sont projetés en deux semaines, la plupart seront repris à des heures différentes. C’est très gentil de la part des organisateurs, je lis sur le site qu’on peut voir tout ce qu’il y a à voir, gratuitement, sur le compte de places restées vacantes, entre 10.00 et 14.00.  Sinon chaque place est vendue séparément pour 44 sheqels soit un tout petit peu moins que dix euros ce qui, à mon avis, n’est pas bon marché. Pour l’achat de cinq places vous bénéficierez d’une réduction un peu chiche, disons-le. Je le signale car je trouve que c’est intéressant. C’est à juxtaposer avec la gratuité des places pendant les heures habituelles de travail. Ou est-ce que je m’égare ?

Pour nous rendre la tâche un petit peu plus aisée, le site a classifié  les films en plusieurs catégories  mais certains figurent dans plus d’une.  Il y a la sélection internationale, la sélection israélienne – ai-je vraiment envie de voir le film ‘Against your will‘ qui raconte le combat de parents religieux dont deux des fils se sont suicidés pendant leur service militaire contre  les idées préconçues de leur milieu et de leur troisième fils qui attendent d’eux qu’ils cachent la façon dont leurs fils sont morts ? Aurai-je le courage d’aller voir ‘Closed story‘ qui rouvre trente ans plus tard l’histoire d’un combat et la légende d’un héros ? –  la sélection Panorama qui englobe aussi bien l’histoire du mariage d’un jeune type pauvre et beau à l’une des plus grandes fortunes d’Israël que le cours de hip-hop d’un club de vieilles personnes en Nouvelle-Zélande. La sélection Musique avec un film sur David Bouzaglo, l’immense poète marocain  dont  l’immigration en Israël dans les années soixante  insuffla une renaissance culturelle à travers  les communautés brisées. Le film se nomme ‘Le chant des amours‘ et rien que ce titre me fait déjà fondre. Dans la catégorie ‘Projections spéciales‘ un film sur la scientologie me rend curieuse.  Et pour finir, dans la catégorie ‘Un monde (non) libre, ‘Démocrates‘ un film sur deux rivaux politiques au Zimbabwe, d’un côté un homme du pouvoir et de l’autre un combattant pour la liberté,  obligés de collaborer à l’élaboration de leur Constitution.

Je finirai par deux coups de cœur :  ‘Il était une fois un roi‘ sur le dramaturge Nissim Aloni qui était un roi sans royaume  et sans scène dont après la mort on a beaucoup crié ‘vive le roi’ et  ‘Seymour‘,  qui raconte l’abandon de la carrière internationale du pianiste Seymour Bernstein pour enseigner la musique.

Allez, un tout petit dernier :  ‘Mon amour, ne traverse pas la rivière‘ film coréen ou la relation intime profonde et aimante entre deux époux  mariés depuis 76 ans.

docaviv