Gett, le Procès de Viviane Amsalem

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Nous retrouvons notre chronique Cinéma israélien avec Brigitte C. qui nous parle de Gett, le Procès de Viviane Amsalem, un film de Shlomi et Ronit Elkabetz  – 2014

Gett – qui se prononce guett – est l’acte juridique religieux par lequel un homme renvoie sa femme. L’origine de ce mot remonte auTalmud. Le guett n’est pas un contrat qui engage les deux parties, l’homme et la femme, mais un acte écrit, à sens unique, où l’homme répudie sa femme devant deux témoins, et conclut par ces mots : « tu es permise à tout homme« .  Si une femme désire se séparer de son mari et que celui-ci s’y oppose, même la cour rabbinique ne peut l’y obliger.  

gett

Une affiche, rouge et noire, et le procès  commence : Viviane  est assise derrière une table dans une salle du tribunal rabbinique.  Pour la représenter, Carmel son avocat, debout. Elle demande le divorce de son mari auquel elle a été promise quand elle a eu quinze ans. De l’autre côté de la pièce, Eliahu, son mari,  qui ne dit mot. Parle pour lui Shimon, un ami.  Devant eux, sur une estrade, trois juges, en noir et blanc.

Bien qu’elle l’ait quitté voilà plusieurs années, Viviane continue quotidiennement à lui apporter  ses repas.  Ils ont quatre enfants,  le plus jeune (14 ans)  vit avec son père. Malgré la séparation, Viviane le voit tous les jours. Depuis son départ, elle vit chez son frère et sa belle-sœur malgré son indépendance financière.  Viviane veut reconquérir sa liberté parce que ce mariage la rend malheureuse. Eliahu est bardé  dans son refus d’accorder le divorce à sa femme, comme il s’est refusé à tout, à apprendre à conduire, à voir des amis, à sortir avec sa femme, à se réconcilier avec autrui,  parce qu’il est comme ça. Les juges rabbiniques ne comprennent pas Viviane : Eliahu est pieux et respecté, il est travailleur, il ne bat pas sa femme (sic), il est un père dévoué, alors pourquoi vouloir le quitter ? Des témoins, voisins et proches parents sont appelés à la barre pour témoigner de la vie du couple, qui se déballe devant tous.

Pendant cinq très longues années, de séance en séance,  Viviane tente de regagner sa liberté, et les juges, perplexes et ambigus, ne savent comment se sortir de cette situation inextricable, où seul le mari a le pouvoir de mettre fin à ce mariage, auquel il s’accroche  malgré le dégoût de sa femme, malgré les peines d’emprisonnement pour n’avoir pas comparu aux séances du tribunal et bien que le gett soit une des 613 mitzvot. Jusqu’à la dernière scène, de rebondissement en rebondissement, on ne sait pas si Viviane gagnera le droit de vivre libre.

Gett est un huis-clos passionnant, oppressant et parfois drôle, par son absurde et ses personnages secondaires hauts en couleur.

C’est un film engagé, sur le pouvoir de la tradition  et de la religion. Même sur Viviane  qui pour s’affranchir se plie aux règles. C’est un film qui nous parle de nous, politiquement, puisque le mariage civil n’existe pas en Israël, et intimement car il nous interroge sur le courage, sur le poids des convenances,  sur notre vie privée.

Gett est le dernier volet d’une trilogie écrite et mise en scène par Ronit et Shlomi Elkabetz, qui sont frère et sœur.  Ronit interprète le personnage de Viviane avec intensité et sobriété.  Le premier film ‘Prendre femme’ est paru en 2005 et  le deuxième ‘Les sept jours’ en 2008. La trilogie suit en trois temps  l’évolution du couple Vivane-Eliahu et de leurs familles à travers plusieurs situations critiques. Les trois films forment une œuvre  dramatique réaliste et épurée où scénario et acteurs sont impeccables.

Gett a reçu cinq nominations  et l’Ophir – l’Oscar israélien du meilleur film 2014.