Roselyne Dery, la loi sur le prix unique du livre, de la France à Israël

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Roselyne Dery, Attachée pour le Livre et l’Ecrit près l’Ambassade de France en Israël, a été la cheville ouvrière de la loi sur le prix unique du livre en Israël qui vient d’être promulguée le 31 juillet 2013. Je l’ai rencontrée boulevard Rotschild, elle m’a raconté cette belle histoire: comment une loi française est la source d’inspiration d’une loi israélienne.

Roselyne Dery, d’abord professeur de français, devient attachée pour le livre en 1994. En 1995, le ministère des Affaires étrangères français prend conscience de l’importance du livre comme véhicule de la culture française et met en place un programme d’aide à la publication pour les éditeurs étrangers. En Israël, il prend le nom Eliézer Ben Yehouda. Roselyne Dery estime que, grâce au programme, de 1995 en 2005, le nombre des livres français traduits en hébreu a triplé.

Connaissant bien tant le marché du livre israélien que celui du livre français, Roselyne Dery identifie très vite les écueils du monde de la publication en Israël. Le marché du livre donnait de plus en plus la priorité aux livres en rotation rapide, les best sellers aux dépens de la littérature traduite et des grands classiques. Le livre devenait un produit économique et perdait sa valeur culturelle. Parallèlement, le nombre des libraires indépendants ne faisait que diminuer.

En 2005, pour le 10e anniversaire du programme Ben-Yehouda,  Roselyne Dery organise à Beith Bialik une réunion des éditeurs et des professionnels du livre israéliens en présence de Shimon Peres et c’est là qu’elle présente la loi française du prix unique sur le livre et ses avantages. Pour rappel, la loi sur la prix unique du livre en France a été promulguée en 1981 à l’époque Mitterrand.

Scepticisme des éditeurs israéliens mais Roselyne Dery ne renonce pas.

En  juin 2008, Jack Lang, le père de la loi française vient défendre le projet. C’est aussi le début de l’engagement d’auteurs israéliens notamment de Yoram Kaniuk (décédé en juin 2013) qui insiste sur le deuxième point de la loi, assurer un revenu minimum pour les auteurs.

En mars 2008, alors qu’Israël était à l’honneur au Salon du Livre de Paris, se déroule un séminaire des éditeurs mis en place par le BIEF, le bureau international de l’édition française, une occasion pour les éditeurs israéliens de rencontrer des interlocuteurs français. Un lobby professionnel se met en place avec à sa tête Yaron Sadan, le directeur de l’association des éditeurs israéliens.

En 2009, le premier projet de loi est déposé à la Knesset par le député Nitzan Horowitz de Meretz.

Accélération en 2011 avec la visite en Israël d’Antoine Gallimard, Président du Syndicat national de l’édition SNE à l’occasion du centenaire des Editions Gallimard. C’est à ce moment que la ministre de la Culture israélienne Limor Livnat est convaincue par le projet.

La « loi pour la protection du livre et des auteurs» est finalement votée le 31 juillet 2013 et sera mise en application le 1er février 2014. Fixant un prix unique du livre pendant la période dite « de protection » – 2 ans en France, 18 mois en Israël – elle permettra aux livres, même les plus confidentiels ou spécialisés, d’émerger des rayonnages des libraires. La loi israélienne inscrit également un revenu minimum de droits d’auteur pour les auteurs israéliens. Cette loi va permettre au grand public d’accéder à des œuvres qui n’arrivaient pas jusqu’à eux au préalable pour des raisons économiques et participe notamment à la défense des oeuvres classiques. La loi concerne aussi les livres électroniques. Elle n’accepte qu’une seule exception de 20% sur le prix marqué pendant la Semaine du livre en Israël.

Roselyne Dery veut continuer sur sa lancée et proposer aux Israéliens de créer une institution sur le modèle du CNL français pour l’ensemble de la chaine du livre.

Roselyne Dery a eu souvent l’impression d’être un Don Quichotte mais elle n’a jamais renoncé. Ce qui la porte, c’est son amour des livres. Cette loi est pour elle un trait d’union entre sa culture française et son appartenance israélienne.  Un bel exemple de ténacité et de coopération franco-israélienne!

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