Boualem Sansal en Israël

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Boualem Sansal, l’écrivain algérien a été invité à  la troisième édition du Festival international d’écrivains de Mishkenot Sha’ananim à Jérusalem.

Hier soir, il était interviewé par Roselyne Déry à l’Institut français de Tel Aviv.

Boualem Sansal a parlé de son passage tardif à l’écriture, de plusieurs de ses livres.

Boualem Sansal: Mon passage à l’écriture est dû à la guerre. Avant, il y avait une dictature militaire, des pénuries, des difficultés mais il était possible de vivre. Mais la guerre civile. Une guerre qui traverse les familles, c’est incompréhensible. J’ai été plongé dans un désarroi énorme. Ceux qui se disaient gardiens de l’ordre étaient plutôt agents du désordre. Les Islamistes tuaient au nom de l’Islam. La guerre civile entraîne tout le monde. Je suis venu alors à la littérature parce que je pensais qu’avec la littérature, je pouvais comprendre. Je devais chercher les causes de cette guerre, deux jours, deux ans ou deux milles ans avant qu’elle n’éclate.

Le pouvoir en Algérie s’est fondé sur trois constantes: le peuple algérien est arabe, musulman et socialiste. Mais ils n’ont pas le droit de me définir. C’est pourquoi j’ai écrit Poste restante: Alger; Lettre de colère et d’espoir à mes compatriotes. Le livre a été interdit en Algérie, parce que la mémoire et la connaissance de l’histoire, c’est dangereux.
Puis il y a eu le Village de l’Allemand, ce village existe, je l’ai visité. J’ai soulevé des faits difficiles, par exemple qu’il y avait des nazis à l’origine du panarabisme.
Je m’élève comme le prêt-à-penser, je sais s’inventer son propre chemin, c’est beaucoup plus fatiguant.
J’ai beaucoup lu sur la déportation, cela a été trés douloureux. J’ai l’impression d’avoir été déporté moi-même. La Shoah est une immense lâcheté. Le livre a été unaniment rejetté. Je m’y attendais mais cela a été une année très difficile. On m’a accusé d’être un agent du Mossad, d’avoir écrit un pladoyer pro-israélien. Donc d’affaiblir la position palestinienne.

Rue Darwin est un roman plus personnel, largement autobiographique. Ce livre vient du fait que ma mère est morte. C’est une horlogerie très compliquée et je ne veux pas trop dévoiler.  Quand on raconte sa vie, on raconte aussi la vie des autres, il faut être prudent.  La vie, c’est une copropriété. La vérité dérange, c’est difficile de nommer les choses. C’est l’histoire du narrateur mais c’est aussi l’histoire de l’Algérie.

Boualem Sansal, malgré les menaces et les insultes, vit toujours à Boumerdès, près d’Alger. Roselyne Déry lui a demandé s’il n’avait pas peur de retourner en Algérie après être venu en Israël.

Boualem Sansal: Mes livres sont interdits en Algérie. C’est surtout le pouvoir qui est géné. Moi, je suis légitime mais eux. Plus je suis connu, plus je les dérange.
On peut être tué n’importe où dans le monde. Le danger, il faut l’affronter. Si tu le fuis, il te rattrapera. Si tu l’affrontes, tu as une chance de gagner.

Même si les Algériens ne lisent pas mes livres, j’ai l’impression qu’il en reste quelque chose, des bribes, si même une seule phrase parvient à leurs oreilles, c’est beaucoup. Un écrivain disait: Au Maghreb un écrivain, c’est une rumeur.  C’est triste? Détrompez-vous! Une rumeur, c’est puissant.

 

 

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