Nice, après le 14 juillet

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Micheline Weinstock habite Nice et s’y trouvait le 14 juillet. Elle me permet de publier ce texte dans le cadre du Billet de l’Invité(e).

Nice, 14 juillet 2016

   Il nous a fallu 48 heures au moins afin de descendre de nos belles collines vers la ville, vers la Prom.

   Tendus, respectueusement distants, nous avons emprunté la parallèle, ensuite la Place Masséna, animée comme toujours, de badauds portant des sacs de grandes ou de petites enseignes. Après tout, les soldes viennent de proposer leur deuxième démarque.

    Il fait chaud, on fait la queue devant les glaciers, des musiciens de rues jouent du mauvais jazz. C’était à peine il y quelques heures…

    Alors nous osons.

    Et empruntons une de ces petites perpendiculaires. Toutes les tables des restos et des cafés sont occupées par des journalistes. De lourdes caméras sont posées sur les tables. Ils sont graves, concentrés, prennent des notes.

     Nous poursuivons vers la Prom. Un énorme parachute nautique jaune capte notre premier regard.

     Nous restons de l’autre côté, celui qui mène vers Lenval, le sens inverse.

     Partout des bouquets, des bougies, des sortes d’autels. Beaucoup de monde, du recueillement. Nous nous risquons à regarder de l’autre côté, la route qui vient de Lenval. Elle est jonchée de fleurs à perte de vue. On y aperçoit des hommes et des femmes effondrés, certains portent attelles et pansements récents.

     Les journalistes tendent leur micro à l’un ou l’autre. Qu’ont-ils à dire ? Que dire d’ailleurs?

      Nous poursuivons vers Lenval. Et peu avant Gambetta deux trottinettes d’enfants sont posés contre le mur et quelques bougies.

      L’émotion est trop forte, nous rentrons vers nos collines d’où l’on pouvait admirer le feu d’artifice et d’où nous n’avions rien perçu. Si près et si loin.

      Ce dimanche matin tôt, j’y suis retournée seule. Sur les parois des abribus on aperçoit toujours des affichettes : Missing, des photos de jeunes pour la plupart.

       Cette fois, j’ai osé et j’ai emprunté la Prom, celle qui vient de Lenval. Et là, de si près des fleurs à perte de vue, éparpillées et parfois une photo, une bougie. Les joggeurs prennent soin de les contourner afin de maintenir leur rythme. Tout comme ceux munis de parasols et de bouées qui descendent vers la plage.

        On photographie comme moi. Avec beaucoup de retenue. Mais il y avait aussi cette belle élégante qui se prenait en selfie, la Grande Bleue en toile de fond.

        Je retrouve les trottinettes. Une dame italienne me demande ce qui est inscrit sur les feuilles qui y sont accrochées.

        Nous éclatons en sanglots.

        Où sont ces enfants ? Que vivent-ils ? Vivent-ils ?

Dimanche 17 juillet, Micheline Weinstock

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