A propos des héros du Thalys

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Je remercie le musicien, le peintre, l’artiste Charlélie Couture de m’avoir autorisé à partager avec vous dans le cadre de mon Billet de l’Invité, le statut qu’il a publié aujourd’hui sur sa page Facebook.

La mort est sortie des toilettes du Thalys avec un AK 47 et un sac de munitions de rechange, mais ce jour-là dans le Nord de la France, la mort torse nu a rencontré plus fort qu’elle. Les passagers Thalys de la voiture 11 et 12 en provenance d’Amsterdam, peuvent avoir des sueurs froides, ils ont eu chaud.
« Avant, tout va bien… », comme dit le proverbe, et heureusement que l’arme s’est enraillée, mais heureusement surtout que des mecs courageux sont intervenus pour changer l’issue de cette journée.
D’abord un Franco Américain, qui s’est pris une balle dans le cou. C’est grâce à l’intervention d’icelui que tout est devenu évident pour les trois Américains et le Britannique qui se sont jetés sur le potentiel assassin, pour le maîtriser et le ligoter avec la cravate d’un contrôleur. – Ce même contrôleur j’imagine qui est apparu dans un deuxième temps, associé aux protagonistes étrangers ( ? ). –
Voilà les faits, c’est allé très vite, mais les médias ont le don de créer l’aversion à force d’en faire des tonnes. Aujourd’hui, décorés on les appelle des héros, et ces honneurs suscitent des jalousies et des polémiques absurdes. Putain de jalousie qui transforme l’acte de bravoure de ces gens, pour en faire un conflit de valeurs morales, symbole des différences culturelles Français vs Américains. Ça n’a pas de sens. Je suis certain que des Français courageux seraient aussi capables de faire de la sorte, mais c’est vrai aussi que ce genre d’action est en général assez peu encouragé.
Plutôt humbles, les trois jeunes venus d’outre atlantique tentent de relativiser. Ils ne parlent pas de « Devoir » ou de « lutte des Anges contre le Mal », ils évoquent un « instinct de survie ». Disons qu’il y a deux écoles de survie. D’un côté le « non-interventionniste des employés du Thalys», de l’autre « l’utilisation pragmatique de techniques de close-combat, et les gestes précis de mecs hyper motivés ». Eux, ils ont choisi de faire quelque chose. Ils n’ont pas attendu qu’un autre agisse à leur place. C’est une question d’éthique. D’un côté Capdevielle qui écrit « C’est dur d’être un héros « … ton ange attend l’heure pour te tirer de là », ou Balavoine « Je ne suis pas un Héros, mes faux-pas me collent à la peau », de l’autre David Bowie « We can be heroes for ever and ever », ou « we are the champions of the world ». Deux mentalités différentes, en effet.
Je me rappelle d’un fait-divers, il y a quelques années : un sexagénaire assiste à un braquage dans une banque à Paris, il lance un pot de fleurs sur l’un des malfrats qui tire en l’air, les autres comparses paniquent, et s’enfuient. Mais au lieu de féliciter le vieux, les médias s’en prennent à lui : « C’est un mauvais exemple, ne faites jamais ça, c’est trop dangereux ! » « Laissez faire les professionnels ». Pour un peu, si ça avait mal tourné, c’était la faute du vieux.
Alors, à force de prendre la défense des cambrioleurs, ou à force de condamner – par principe – l’autodéfense, (certes parfois mal analysée ou disproportionnée sous l’influence de la peur panique sous adrénaline), quand ils assistent à une agression dans la rue, dans le métro, dans leur immeuble ou le RER, plus personne n’intervient. Et que dire de ceux qui croient faire acte de civisme en filmant une agression sur leur Cell phone plutôt que d’intervenir ?

Y a belle lurette que « non assistance à personne en danger » n’est même plus répréhensible.

Alors oui, à force de sentir qu’on leur appuie sur la tête, les gens comme les autruches, enfouissent leur tête dans le sable…
Rien de surprenant à ce que les employés se sentant impuissants, s’enferment dans leur habitacle. D’ailleurs ils auraient eu tord de s’en priver, puisqu’en plus ils ont été défendus par leur hiérarchie, et Mme Agnès Ogier, CEO de Thalys, s’en est prise à J.H. Anglade, se chargeant de réécrire l’Histoire à sa manière. Quand je lis la méchanceté des commentaires à l’égard du comédien, j’y retrouve le même débordement de bonne conscience, que celui qui soulage les poltrons, collabos, et autres planqués pendant la bataille, ceux qui ressortent sitôt le calme revenu comme des marmottes au printemps, pour demander la tonsure de certaines, ou des sacrifices infectes cherchant dans l’humiliation de l’autre, une forme de rédemption à leur propre lâcheté.

Choisit-on de devenir un héros en prenant un billet de train ? Non ! Néanmoins, c’est un fait, ils le sont. Y a guère que la pudibonderie qui incite certains à écrire le mot « héros » entre guillemets. Peut-être parce qu’il y a Eros dans le mot qui leur confère du sex appeal ? Nan, je blague. Le Héron est rond, petit patapon.

Spencer Stone, 23 ans, Alek Skarlatos, 22 ans – deux militaires en vacances – leur ami Anthony Sadler, 23 ans, et le Britannique Chris Norman, 62 ans (plus un autre mec blessé, qui ne veut pas qu’on parle de lui (…), sont montés dans le wagon comme tout le monde, ils en sont redescendus héroïques.

Certaines décisions se prennent dans l’urgence : « C’était ça, ou mourir », ont-ils déclaré, mais plutôt que se résigner, ils ont choisi en un éclair, de lutter contre l’évidence d’un destin fatal.

Oui, agir plutôt que baratiner en cherchant des justifications à l’inertie,
Agir pour se défendre,
Agir pour rester en vie.

Le résultat est là, ces mecs (jeunes et moins jeunes) ont sûrement évité un carnage, ils ont sauvé des vies, ça n’en fait pas des surhommes,
Mais ce n’est que justice de les remercier de ce qu’ils ont fait.

Le courage, c’est assumer les risques,
Prendre sa vie en main,
Quitte à se faire taillader le pouce…

CharlElie
Août 2015