Manpower, un film de Noam Kaplan

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La chronique cinéma israélien de Brigitte C. Manpower, un film intelligent et complexe.

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MANPOWER – un film de Noam Kaplan – scénariste et metteur en scène. 2014

 » Manpower »,  vous savez, ces gens au destin professionnel provisoire – mais aussi  et surtout  MAN  POWER,  la force de quatre hommes,  tous différents par leurs racines et leur histoire personnelle, qui doivent prendre leur destin en main  à un tournant de leur vie. Ces quatre hommes évoluent et se croisent dans le quartier ‘Shapira’,  qui jouxte la gare des autobus à Tel-Aviv, quartier démuni où Israéliens pauvres et immigrés se côtoient et parfois s’affrontent. Bamba l’Africain est un travailleur immigré qui fait des ménages dans des appartements bourgeois.  Sa femme, africaine elle aussi, travaille dans un jardin d’enfants fréquenté par des enfants d’immigrés uniquement. Bamba essaie de mener une vie normale : être actif dans le collectif des immigrés africains, voir des matches de foot et tout le temps, tout le temps conserver cet équilibre précaire entre dignité  et compromis. Erez, l’adolescent d’origine philippine au seuil de son service militaire, veut plus que tout combattre dans l’unité la plus combattante possible en pensant que ce sera un passeport définitif  pour une identité israélienne  indiscutable mais ses traits, quoi qu’il fasse, disent son origine qui, malgré sa dégaine et son parler, le renvoie toujours  à sa différence, et qui même quand il est désiré ne peut s’empêcher de se demander si c’est pour lui-même ou par attirance pour son exotisme, mais ne désespère pas de faire partie et essaie encore et encore.  Haïm, chauffeur de taxi, confronté au départ de son fils, de sa belle-fille d’origine asiatique et de son petit-fils bien aimé pour le Canada. Et Meïr, marié, deux enfants, qui n’arrive pas à vivre décemment de son salaire de flic. Policier depuis dix ans, il est affecté  à la police d’immigration mandatée pour appliquer la décision du gouvernement à encourager les immigrés à rentrer volontairement chez eux,  contre une rétribution censée les aider à recommencer leur vie ailleurs qu’ici.
MANPOWER possède la sobriété d’un documentaire et le foisonnement de la fiction. Quatre hommes en quête de sens, dans un film profond où chaque scène, dramatique ou comique, ajoute une touche au tableau. C’est un film tout en regards, ils éclairent le film et donnent aux personnages leur complexité : comment chacun se voit et voit les autres et aussi ce que chacun ne voit pas, chez soi et chez l’autre et ces regards entre tous les personnages, secondaires et principaux, sont des petits miroirs.
MANPOWER est un film politique et qui le revendique. Politique car il a vocation de dire quelque chose sur notre réalité. Intelligent et complexe, sans dérapage démagogique, ni situation convenue. A travers les choix de ces quatre hommes, Noam Kaplan se demande et nous demande : c’est quoi l’identité ? C’est quoi être israélien en 2014 dans un monde global ? C’est quoi être juif, c’est qui ? Le petit garçon de six ans de Bamba dont la langue naturelle est l’hébreu ? La bru de Haïm qui allume les bougies du shabbat ? Et c’est quoi être un homme ? Quels choix faisons-nous quand la situation nous remet en question ?
Noam Kaplan (40 ans), l’auteur du film vit dans le quartier du film. MANPOWER est son premier long métrage. Un Ken Loach israélien.