Les communautés de la Diaspora, un attachement indéfectible à la Terre Promise

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Voici donc le deuxième épisode de notre feuilleton historique « Renaissance d’une nation: Les Juifs de Palestine, de l’Antiquité à l’apparition du mouvement sioniste. »  par Nathan Weinstock. 

Lire la première partie: Du vieux Yichouv à la nation israélienne, un parcours bimillénaire

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3.   Les communautés de la Diaspora, un attachement indéfectible à la Terre Promise

Est également à ranger dans la catégorie des idées fausses (mais incroyablement tenaces) qui circulent à propos du peuple juif et des liens qui l’unissent à la Terre d’Israël, la conviction que l’existence des communautés juives situées à l’extérieur de la Terre Sainte – c’est-à-dire la Diaspora – découlerait de la destruction du Second Temple. Il n’en est rien : la Diaspora est beaucoup plus ancienne. En Babylonie, elle remonte au moins à la destruction du Premier Temple par Nabuchodonosor  en -587 ; de même, en Egypte l’implantation juive est très ancienne, qu’il s’agisse des contingents judéens de la colonie militaire d’Eléphantine ou de la communauté d’Alexandrie ; et les fouilles archéologiques ont également mis à jour des traces très anciennes d’une présence juive sur le territoire de l’actuelle Tunisie ou en Libye. En fait, dès le début de l’ère chrétienne tout le pourtour de la Méditerranée était déjà parsemé de colonies de peuplement  juives. Du reste, c’est très précisément à leurs membres que s’adressent les Epîtres de Saint-Paul.  Présence juive à ce point visible qu’au 1er siècle le géographe grec Strabon pouvait affirmer qu’il n’était pas aisé de trouver un seul endroit au monde qui n’eût fait accueil à cette race. On estime d’ailleurs que vers l’an 135 la Palestine n’abritait qu’environ un tiers de la population juive mondiale.

Si les membres de cette diaspora ne résidaient pas en Terre Sainte, ils se sentaient cependant intimement liés à Eretz-Israël, ce qu’ils manifestaient par la fréquence de leurs pèlerinages en Terre Sainte ainsi que par le soutien matériel accordé au culte au Temple : avant 66, tous les Juifs s’acquittaient de la taxe du didrachme, symbole de leurs privilèges (impôt auquel Rome substituera en 74 le fiscus judaicus affecté au temple de Jupiter Capitolin). Et tous les Juifs de la Diaspora contribuaient volontairement une somme annuelle pour l’entretien du Patriarcat palestinien jusqu’à ce que l’empereur d’Occident Honorius l’interdise en 399). Le Patriarcat lui-même sera aboli par Théodose II en 425 : ainsi disparaissait le tout dernier vestige de l’indépendance juive.

On observe donc que les communautés de la Diaspora ont fait preuve d’une fidélité constante à leur patrie ancestrale. Attachement indéfectible qui s’est concrétisé à travers l’interaction étroite des communautés juives de l’extérieur avec le judaïsme palestinien, lien insécable qui traduisait une foi inébranlable en l’Espérance d’Israël. Autrement dit : du maintien constant de l’espoir d’un retour à la terre ancestrale et de la restauration du Temple (rappelée trois fois par jour dans les prières), d’une attente constante des Temps Messianiques. Or, l’essence spécifique du messianisme juif réside dans l’expectative continue de l’Apocalypse, conception millénariste de la fin de l’Histoire qui s’exprime dans  le deuxième Livre de Barou’h et le quatrième Livre d’Esdras (Ezra), tous deux rédigés vers l’an 100. Espoir qui ne cessera d’alimenter les multiples courants messianiques qui feront irruption au cours des siècles et ce dans toutes les aires de la Diaspora. Ainsi verra-t-on Na’hmanide (Gérone 1194 – Acre 1270), éminente autorité rabbinique espagnole,  affirmer que le simple fait de demeurer en Terre Sainte équivaut à lui seul au respect de tous les préceptes de la Torah.

Voilà pourquoi on constate au Xe siècle que des communautés de la Diaspora,  et notamment celles du Caire et de Damas, donnent suite aux appels angoissés venus de Terre Sainte et pourvoient à l’entretien de leurs coreligionnaires palestiniens par des subsides versés aux académies talmudiques et aux savants et des secours accordés aux très nombreux indigents que des motifs religieux ont poussé à s’y installer.

Attachement qui va perdurer tout au long des siècles. Ainsi, en 1542 Moshè (Moïse) Bassola d’Ancône évoque la dépendance des Juifs de Jérusalem  des aumônes de leurs coreligionnaires d’Egypte, de Turquie, de Venise et d’autres lieux. Et l’historien Gérard Nahon a relevé que dans la seule ville de Bordeaux pas moins de 33 émissaires nommément désignés du Yichouv (la communauté juive de Palestine) font fait escale entre 1690 et 1789 pour quémander des secours destinés aux Juifs de Terre Sainte auprès des Juifs portugais, sensibles au rêve d’un retour d’Israël sur sa terre. Au XVIIIe siècle, la destruction de la synagogue ’Hourvah à Jérusalem entraîne une réorganisation du soutien apporté par la Diaspora aux Juifs de Terre Sainte qui débouche en 1809 sur la fondation à Amsterdam du Fonds des pekidim (commis) et amarcalim (trésoriers), chargés de centraliser et d’organiser la quête et la distribution des secours (la ’haloukah). Toutes les communautés de la Diaspora seront sillonnées en permanence à cette fin par des émissaires quêteurs (appelés mechoulo’him ou chli’him).

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 Nathan WEINSTOCK

Du « Vieux Yichouv » à la nation israélienne : un parcours bimillénaire 

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Pour en savoir plus, lisez le livre de Nathan Weinstock, « Renaissance d’une nation: Les Juifs de Palestine, de l’Antiquité à l’apparition du mouvement sioniste »