L’Opération Torch ou le nouveau Pourim d’Alger

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J’ai le plaisir d’accueillir dans le cadre de mon Billet de l’Invité, Yehouda Moraly, auteur, chercheur et homme de théâtre, qui a dirigé le département d’Etudes théâtrales de l’Université hébraïque de Jérusalem.

בס »ד

Le 8 novembre 1942, a eu lieu en Algérie et au Maroc une opération d’une grande importance historique, l’opération Torch. Sous le commandement du Général Eisenhower, les forces alliées et américaines débarquent en Algérie et au Maroc, qui sont sous le contrôle du Gouvernement de Vichy. Sur le plan de l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale, c’est une date pivot qui marque le renversement des forces, le début de la défaite des armées de l’Axe.

Pour les Juifs d’Algérie, c’est un événement essentiel, qui, je crois, leur a sauvé la vie. La plupart ont déjà perdu la nationalité française, le droit d’exercer une profession libérale, le droit d’étudier à l’université, ou dans les lycées français. Les autorités françaises d’Algérie étaient un bastion de la collaboration; elles étaient totalement dévouées à Vichy et extrêmement antisémites. En Algérie, comme avant le Vel d’Hiv qui avait eu lieu cinq mois avant, les recensements des juifs avaient été effectués. Les étoiles jaunes avaient été livrées, elles n’attendaient que d’être distribuées. Et surtout, les camps d’internement fonctionnaient déjà. Il y en avait une douzaine, dans le Sud Algérien, Abadia, Bedeau, Bossuet, Boghari, Colomb Bechar, El Aricha, Nechira, Medidja, Sidi Bel Abbès. Ce n’étaient pas des camps d’extermination mais des camps de travail aux conditions très dures, tortures, sévices divers. Pas besoin de gaz, le soleil du Sahara et les sévices auraient suffi. Et on peut supposer que les autorités françaises, quelques mois après le Vel d’Hiv se préparaient à déporter vers ces camps d’internement les « Juifs indigènes », qu’elles réprimaient déjà de multiples manières.
Le débarquement totalement inattendu, imprévisible les a sauvés. Et ce débarquement des forces alliées a été assisté, en Algérie, par un groupe composé à 80% d’étudiants juifs expulsés des universités et de 20% de monarchistes.  José Aboulker (il a à peine 20 ans) et Henri d’Astier de la Vigerie, un monarchiste, réussissent le coup de force d’occuper, avec André Achiary, pour seules armes leur ruse et leur détermination, les points stratégiques d’Alger et d’arrêter tous les chefs susceptibles d’organiser une résistance au débarquement des troupes alliées. Convoqués au Gouvernement Général, le Général Juin, le Préfet d’Alger, l’Amiral Darlan, le numéro deux de Vichy qui, par hasard se trouvait à Alger, sont fait prisonniers.
Les Américains ont choisi, pour diriger l’Algérie, après le renversement du régime de Vichy, le Général Giraud. Mais celui-ci, prudent, n’arrive que le lendemain, quand tout est fini. Et c’est un étudiant juif, Raphaël Aboulker, qui a le toupet de se faire prendre pour le Général Giraud et prononcera à la radio le discours de victoire de la Résistance.  Le plus drôle, c’est que lorsque le Général Giraud, ardent antisémite, écrira ses mémoires, il leur donnera comme titre la fin du discours qu’avait prononcé pour lui l’étudiant juif : « Un seul mot, la Victoire. »
Il y a un livre sur cet événement, de José Aboulker, La Victoire de 8 novembre 1942 : La Résistance et le débarquement des Alliés à Alger, qui vient de sortir aux Editions du Félin. Sous les soleils d’Oran – L’opération Torch et la résistance (juin 1940-juillet 1943) est le nouveau livre de Norbert Bel Ange. Il n’y a pas encore de film documentaire. Et pourtant, je crois qu’il y a encore en Israël des personnes qui ont participé à cette opération Torch et qui pourraient témoigner. Je trouve qu’on devrait célébrer cette journée à sa date hébraïque, le 28 Hechvan, la marquer par des réjouissances, come une sorte de nouveau Pourim d’Alger. D’abord parce qu’il se peut bien que ce débarquement ait physiquement sauvé les Juifs d’Algérie. D’autre part, les Juifs d’Algérie, jouent, comme Mordechaï et Esther, dans une opération Torch, un rôle brillant et pour l’instant pas vraiment mis en valeur par l’Histoire.

©Yehuda Moraly