Continuum n°13, la revue des Ecrivains Israéliens de langue française

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Continuum n°13, la revue des Ecrivains Israéliens de langue française est disponible.

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La première partie de ce Continuum n°13, célèbre le centenaire du Mouvement Dada : Dada le fruit permis ou Comment nait le (non-)sens tandis que la seconde partie est consacrée à l’écrivain Shmuel T. Meyer

En avant-première, le début de l’entretien d’Esther Orner avec Shmuel.T.Meyer.

La passion de l’Ecriture

  • Shmuel, vous êtes poète, nouvelliste, romancier, journaliste, traducteur. Où vont vos préférences ?

J’ai été journaliste, pigiste pour être plus exact. Un travail que j’ai abandonné avec joie, il y a plus de quinze ans, le 31 décembre 1999. Je ne veux pas dévaloriser une profession qui a connu des signatures aussi formidables que celles de Camus dans Combat, de Haïm Gouri dans Davar, de Norman Mailer et de tant d’autres, mais, en ce qui me concerne et à mon humble niveau, je n’y ai vu qu’une agitation assez arrogante et des commentaires péremptoires présentés comme « analyses » le plus souvent dictés par l’aveuglante urgence lorsque ce n’est pas par une idéologie de la bien-pensance. Voilà pour le journalisme dont je ne garde aucun souvenir satisfaisant si ce n’est la possibilité d’avoir pu rencontrer quelques personnes remarquables, et pour n’en citer qu’une – Yitzhak Rabin.  

Ai-je une préférence littéraire ? C’est un peu, Esther, comme demander à un peintre s’il préfère la miniature, le portrait, les marines ou les fresques. Ce n’est pas tant le format qui compte.  Non… en fait ce n’est pas vrai ! Je distingue de manière assez catégorique (et peut-être idiote) l’écriture poétique du reste.

J’ai toujours regretté de ne pas être musicien, de ne pas être Martha Argerich ou John Coltrane. J’ai toujours regretté de ne pas être peintre, de ne pas être Eugène Boudin, Lee Krasner ou Nicolas de Staël alors la poésie est pour moi la seule chance qui me reste de faire de la musique et de donner à voir des couleurs.

La nouvelle, elle, je la conçois comme un exercice extrêmement périlleux, d’autant plus stimulant qu’elle nous oblige à la quasi-perfection des mots et de leur agencement. Chez moi, et peu importe sa longueur, elle doit être un micro-roman qui ne fasse jamais regretter le « temps long» du roman. Pas de graisse inutile, une sorte de gymnopédie à la Satie, comme une photo de rue de Saul Leiter ou de Willy Ronis qui vaille un long métrage de Rossellini ou de Cassavetes.

La traduction, ne doit pas être, ne peut pas être réduite au bon mot devenu « cliché » de traduttore/traditore. Elle doit être, (encore une fois la musique !) vue comme l’interprétation d’une partition par un instrumentiste. Interprétation, recréation. Le traducteur est un lecteur qui doit s’approprier le droit de dire les mots et les concepts, la musique et les paysages dans une autre langue qu’il aime et possède autant que celle qu’il traduit. C’est un travail difficile, merveilleux souvent et injustement récompensé par l’ignorance et l’ingratitude.

Le roman enfin. Pour l’asthmatique que je suis, c’est un terrible marathon ! Il exerce sur moi la fascination de l’effort. Une discipline que je ne maitrise pas comme je le désirerai. Je dirai qu’au lieu de lever la tête et de jouir de cette puissance mécanique du corps, j’ai l’esprit dans mes chaussures et ne ressens (pour l’instant) que la souffrance de mes pieds, les anfractuosités douloureuses de la route.

In fine, Esther, comme je chéris plus l’orgasme que la souffrance, ce que l’on me pardonnera j’espère, je vous répondrai que ma préférence va, sans l’ombre d’un doute, à la poésie (que je lis quotidiennement) et à la nouvelle.     

La suite dans le Continuum n°13, la revue des Ecrivains Israéliens de Langue Française. Pour commander la revue ou pour de plus amples informations, contacter Marlena Braester à braester@bezeqint.net

Les librairies où vous pouvez acheter la revue

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