L’Alyah Beth d’Afrique du Nord – Hommage à Jacques Lazarus

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Jacques Lazarus, résistant, grande figure du judaïsme d’Afrique du Nord est mort le 7 janvier 2014. En hommage, je publie un texte qu’il a dicté à sa petite-fille Judith en 2007. Il ne cite pas le rôle important qu’il a joué dans cette Alyah Beth aux côtés de son beau-père, Aïzer Cherki. Je remercie sa fille Eva Sitbon qui m’a permis de publier ce texte

L’ALYAH BETH D’AFRIQUE DU NORD

En cette veille du soixantième anniversaire de l’Etat d’Israël nous tenons à rappeler un épisode peu connu qui a précédé sa naissance, à savoir l’émigration clandestine vers Eretz Israël de milliers de juifs d’Afrique du nord. Elle s’inscrit dans le cadre général de cette émigration dénommée Alyah Beth, conséquence de la politique du pays mandataire, la Grande-Bretagne, dont le gouvernement, travailliste, en instaurant un « Livre Blanc » avait pratiquement interdit aux émigrants juifs, dans leur majorité rescapés des camps nazis, l’accès à la Palestine. Alger fut la plaque tournante de cette alyah qui se déroula durant l’année 1947 et les six premiers mois de 1948 et concerna pour l’essentiel les juifs du Sud algérien (le M’zab), du Maroc et de Tunisie. La rumeur s’était répandue au sein de ces populations que de cette ville elles pourraient gagner la Terre sainte. Guidés par l’espoir millénaire de retour à Sion, elles se mirent en route, par familles entières, en provenance souvent des localités les plus éloignées, après avoir vendu, y compris sur la place publique, leurs maigres biens à leurs voisins arabes. Parvenus, épuisés de fatigue, à Alger après avoir parcouru parfois plus d’un millier de kilomètres, ils s’installèrent dans les locaux vétustes du consistoire d’Alger, rue Bab-El-Oued, dans la Basse – Casbah, campant même dans les escaliers, y entreposant leurs kanouns allumés à la grande frayeur des responsables consistoriaux dont la crainte était forte de voir flamber le bâtiment tout entier. Une association, active sous Vichy, l’Association d’étude, d’aide et d’assistance, prit en charge cette masse d’émigrants. Son président, Aïzer Cherki, sioniste de la première heure dans une ville où le sionisme n’avait jusque là que fort peu d’adeptes, en fut l’infatigable animateur, secondé par des dizaines d’autres bénévoles. C’est l’association qui, dans un premier temps, fit l’acquisition d’un hôtel, l’Atlandide, que compléta une rapide installation de baraques spécialement confectionnées dans les ateliers d’un coreligionnaire artisan – menuisier. A ce dispositif, s’ajouta un vaste terrain à la Bouzaréah, dans la banlieue d’Alger, sur lequel sera édifié un campement de toile destiné à accueillir les flots incessants de nouveaux émigrants. Un service médico-social fut créé, avec le concours de médecins algérois. L’OSE-France y dépêcha Enéa Averbouh. Elle avait été chargée sous l’Occupation du sauvetage d’enfants et s’engagea totalement dans cette tâche nouvelle. Il fallait prévenir les épidémies, lutter contre le trachome qui affectait tant d’enfants. Le JOINT, un temps réticent, prendra en charge le financement de cette alyah.  Ephraïm Frydman, en fut l’âme. Venu, jeune étudiant, dans les années trente, de Belgique en Palestine, avec sa femme Bertha, en vue de contribuer sur place à l’édification de la patrie juive, ils seront parmi les fondateurs du kibboutz Beth Oren (près de Haïfa) vivant des années durant sous la tente, dépierrant et défrichant tandis que petit à petit s’édifiait le kibboutz. Il avait, dès 1943, parcouru en tous sens les trois pays, exhortant ses coreligionnaires à rallier la terre ancestrale.

Autre artisan de cette alyah, Yani Ostrovski, venu s’établir en Palestine dans les années 20, un des fondateurs avec sa femme Nessia, du moshav Nahalal.

L’embarquement avait lieu sur une plage située à une quarantaine de kilomètres d’Alger. A proximité se trouvait une fabrique de carrelages et de matériaux en ciment. Son propriétaire, un ami non juif d’Aïzer Cherki, y apportera un concours essentiel. Refusant avec force toute compensation, il prit à sa charge tous les travaux de préparation, hébergeant les clandestins jusqu’à l’heure de départ, déterminant l’endroit le plus favorable pour jeter l’ancre, allant jusqu’à aider les émigrants à monter dans les barques pour rejoindre le bateau.

Ce fut un épisode particulièrement émouvant de ce lointain et exaltant passé dont je garde en mémoire quelques images. Celle d’Ephraïm, dans la maison amie de l’avenue Durando, un fer à repasser à  la main pour sécher les billets de banque trempés d’eau de mer qu’il portait sur lui lors de l’embarquement, alors que soucieux de veiller à tout, il était entré dans les flots jusqu’à la taille. Cette autre image aussi d’Ephraïm, pleurant en écoutant pour la première fois Edith Piaf interprétant le chant de l’Exodus :

« …Ils sont partis courir les mers … le cœur brûlant d’espoir ils ont repris le chemin de leur mémoire… »

paroles qui mieux que tous les discours expriment bien ce que fut ce grand moment du rassemblement des dispersés du peuple juif, de leur retour vers leur terre, vers leur pays « qui flottait au mât de leur bateau ».

©Jacques Lazarus

D’Alger, ils seront acheminés par bateau sur Marseille et la Palestine, embarqués sur des rafiots achetés par un service spécifique de l’Agence juive, le Mossad, dont deux délégués, Ephraïm Frydman (Ben Haïm) et Yani Ostrovski (Avidov) assumaient sur place la responsabilité des opérations.

 

 

 

     

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