Would you have sex with an Arab

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Dans le cadre de mon Billet de l’Invité(e), j’accueille Mélanie Monforte qui a déjà écrit pour Kef Israel une recension d’Une bouteille dans la mer de Gaza.

Would You Have Sex With An Arab Would you have sex with an Arab?

 

Sex and the conflict

So, my question is…
Caméra au poing, Yolande Zauberman arpente les nuits de Tel Aviv, abordant les noctambules par une question unique, sans cesse répéter, toujours surprenante : Pourriez-vous coucher avec un/une Arabe ?
Dans un pays où a mixed couple is almost a crime, cette question intime se double d’un aspect politique évident. Après un gros plan sur un couple s’embrassant à pleine bouche de jour et l’énoncé d’une réalité souvent oubliée – un Israélien sur cinq est arabe, le documentaire s’enfonce dans la nuit. Un espace de liberté où les relations intimes se nouent, où les tabous tombent, où arrive tout ce qu’on s’empressera de cacher le lendemain… enfin, jusqu’à un certain point. Pour beaucoup, la politique s’immisce jusque dans leurs lits, dessinant des frontières invisibles mais bien connues jusque dans leurs draps. La liberté a ses limites. Pour certains, au contraire, la nuit est ce moment-clé où la politique et le conflit s’effacent, laissant place à l’inattendu et l’impensable : coucher avec son ennemi.
Le premier témoignage est d’ailleurs donné à la sauvette. La jeune femme raconte sa relation sexuelle avec un Palestinien dans l’encadrement d’une porte de bar. Bousculée par les entrées et les sorties, elle disparaît, réapparaît. Son récit est à l’image de son expérience : chaotique et furtif.

C’est aussi l’esthétique adoptée par Yolande Zauberman dont la caméra bouge beaucoup. Une esthétique qui peut au mieux étonner au pire gêner et perturber le spectateur. Par ce biais, il se trouve donc mis dans la même position que les personnes interrogées, juives ou arabes, toutes déroutées par la question posée.

Plus que la question, c’est finalement la réponse d’un Israélien arabe qui surprend et donne une tournure plus universelle à cette question personnelle qui rythme le film : I don’t fuck identities. Yolande Zauberman oriente alors son propos vers un questionnement plus seulement politique mais identitaire. En filmant les jeunes Israéliens arabes transexuels, elle nous amène à nous interroger plus seulement sur la place du conflit dans les relations mais sur un conflit intérieur qui peut se jouer en chacun, celui de l’identité sexuelle.

Une réponse, pour finir, est à retenir. Une réponse qui revient souvent. Not yet…

Ne saisissant pas le conditionnel contenu dans « would », Juifs et Arabes donnent une note d’espoir, en laissant la porte de leur chambre ouverte…

©Mélanie Monforte